La construction de l'autoroute A412 en Haute-Savoie va pouvoir se poursuivre. Jeudi, la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté la demande de suspension en urgence déposée par un collectif d'associations environnementales, d'agriculteurs et de riverains. Les opposants dénoncent un projet « à contresens de l'urgence climatique » et annoncent un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État.
Un projet contesté dès le départ
Longue de 16,5 kilomètres, la future autoroute doit relier Thonon-les-Bains à l'agglomération genevoise afin de « désenclaver » le Chablais et de réduire les embouteillages liés aux déplacements des travailleurs transfrontaliers. Un mois et demi après l'autorisation préfectorale, le concessionnaire Amedea, filiale d'Eiffage, a déjà défriché 85 % des quelque 180 hectares concernés, comprenant des forêts, des terres agricoles et des zones humides.
La justice administrative ne suspend pas les travaux
Pour justifier son refus, le juge des référés a estimé que « la condition d'urgence » permettant de suspendre les travaux en raison de dommages potentiellement « irréversibles » n'était pas remplie. Il a aussi rappelé que la déclaration d'utilité publique du projet avait été validée par le Conseil d'État en 2025. La légalité de l'autorisation environnementale doit encore être examinée sur le fond, dans un délai estimé à dix mois.
La colère des opposants
Cette décision suscite la colère des opposants, qui multiplient les actions sur le terrain, notamment les sit-in et les occupations d'arbres. Selon le collectif réunissant 21 organisations, les interventions des gendarmes ont entraîné 47 gardes à vue et de nombreuses amendes. Son avocat, Me François Zind, dénonce une justice administrative « inadaptée » aux enjeux environnementaux, avec « un seul juge, qui ne peut raisonnablement trancher en toute connaissance de cause un dossier de plusieurs milliers de pages ».
Des avantages contestés par des associations
Emmené par France Nature Environnement (FNE), le collectif conteste également l'utilité de l'A412 pour fluidifier la circulation et défend des alternatives reposant sur le train et les autobus. Il estime que le chantier contrevient aux réglementations françaises et européennes sur la protection de l'environnement. Les opposants alertent notamment sur les émissions supplémentaires de CO2, les risques d'assèchement des nappes phréatiques et les conséquences pour 130 espèces protégées.
Au-delà des enjeux écologiques, au moins 33 exploitations agricoles du Chablais seraient menacées, selon les associations mobilisées. Malgré le rejet de leur recours en urgence, les opposants entendent donc poursuivre la bataille judiciaire. La prochaine étape sera l'examen du pourvoi annoncé devant le Conseil d'État, tandis que la procédure sur la légalité de l'autorisation environnementale suit son cours.