Le général Bellanger alerte sur la menace russe et le format de l'armée de l'Air
Le général Bellanger alerte sur la menace russe et l'armée de l'Air

Auditionné mercredi par la commission défense de l'Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace (Cemaae), a livré un état des lieux sans complaisance. Il a notamment alerté sur l'intensification de la guerre des drones à l'Est de l'Europe, la surutilisation des avions de chasse français et les contours du futur avion de combat.

Une menace russe toujours plus qualitative et quantitative

Le général Bellanger a décrit une menace russe en constante augmentation. « À l'Est de l'Europe, la guerre des drones et des missiles n'a fait que s'intensifier » en 2026, a-t-il relevé. Il a précisé que « la Russie est toujours capable de produire environ 2.000 missiles par an, et à la fin de cet été elle avait tiré 50.000 drones de bombardement, soit autant que durant l'année 2025 ».

Mais « le plus inquiétant » pour le Cemaae réside dans le fait que « désormais, la qualité s'associe à la quantité ». Alors qu'au début du conflit, la Russie devait importer de grandes quantités de drones shahed iraniens, elle a su les produire elle-même dès 2023 et les améliorer constamment, jusqu'à passer à la propulsion par turboréacteur cette année. La principale menace s'appelle désormais « le Geran-5, qui vole à plus de 6.000 mètres, et à plus de 600 km/h ».

Un nouvel escadron de drones de bombardement et de reconnaissance

Face à la dronisation des conflits, l'armée de l'Air et de l'Espace veut accélérer sur la lutte anti-drones et les drones d'attaque. « La lutte antidrones est une vraie priorité au sein de l'actualisation de la LPM, souligne le Cemaae. Nous regardons déjà vers l'avenir, avec des drones intercepteurs de drones, en vue de la création d'un escadron de drones de chasse dédié […] Il y a aussi le défi de l'avant pour percer les dispositifs ennemis, frapper dans la profondeur de leur territoire […] en pensant saturation des défenses aériennes, avec des drones de bombardement à bas coût, et avec des moyens de guerre électronique comme le brouillage offensif ».

L'armée de l'Air recevra à l'été 2027 « ses premières munitions longue portée [appelées aussi drones kamikazes] Déluge de MBDA, qui viendront constituer la base capacitaire d'un premier escadron de drones de bombardement et de reconnaissance ». Le drone Déluge pourra « parcourir 500 kilomètres à 400 km/heure, et à 3.500-4.000 mètres d'altitude, embarquant une charge explosive d'environ 40 kg », expliquait en juin dernier le responsable commercial combat terrestre chez MBDA à 20 Minutes. La production pourrait se faire en partenariat avec l'équipementier automobile Forvia. L'escadron de drones sera créé sur la base aérienne 120 de Cazaux, en Gironde.

Une surutilisation de 15 % des avions de chasse

Le général Bellanger a de nouveau souligné durant son audition la « surutilisation » de ses avions de chasse, notamment les Rafale. En raison des différentes missions à l'étranger, de la posture permanente de sûreté aérienne et de la mobilisation d'appareils pour la dissuasion, « je surutilise d'environ 15 % nos 184 avions de chasse [dont 112 Rafale] ».

À titre de comparaison, « l'aviation de chasse grecque est à peu près à 240 avions, l'aviation allemande à 230 avions, je ne parle pas des russes qui ont 1.200 avions de combat et qui en auront 1.500 à l'horizon 2030, ni des Chinois qui en ont 1.800 et qui en auront 2.400 à l'horizon 2030 ». Pour le Cemaae, « il faut donc revoir le format de l'aviation de chasse dans la prochaine Loi de programmation militaire, en intégrant les drones de combat collaboratifs, qui ne compteront pas comme des avions de chasse, mais seront des moyens complémentaires, mono-missions ».

L'avion de chasse du futur pour 2040

Le général Bellanger a aussi évoqué la future version du Rafale, le F5, appelé aussi « super Rafale », et « l'avion de chasse du futur, l'ACF », qui viendra remplacer le projet franco-allemand Scaf qui a capoté dans le courant de l'année. « L'ACF doit voler en 2040 pour des missions conventionnelles, estime-t-il. On doit donc avoir un Rafale F5 – qui sera un véritable nouvel avion - en 2035 qui portera les premières briques de cet ACF (moteur, capteurs, censeurs…) ».

Cet ACF sera « un programme national, ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas ouverts à des coopérations avec d'autres pays pour des améliorations ».