Chaque été, la station balnéaire de Beidaihe, sur la côte de la mer de Bohai, devient le théâtre d'un événement politique majeur et pourtant totalement opaque : le conclave des dirigeants du Parti communiste chinois (PCC). Cette réunion informelle, qui se tient généralement en juillet et août, réunit les membres du Comité permanent du Bureau politique, soit les sept hommes les plus puissants de Chine, ainsi que d'autres hauts responsables.
Un rendez-vous estival au bord de la mer
Beidaihe, située dans la province du Hebei, est une destination prisée des dirigeants chinois depuis les années 1950. C'est là que Mao Zedong aimait se retirer, et la tradition s'est perpétuée. Le site est fermé au public pendant la période du conclave, et les journalistes ne peuvent qu'observer de loin les allées et venues des voitures officielles. Les décisions majeures du parti, notamment en matière de politique économique ou de nominations, y sont souvent discutées, mais rien n'est jamais officiellement confirmé.
Selon les observateurs, cette année, le conclave revêt une importance particulière. Il se tient dans un contexte de ralentissement économique, de tensions avec les États-Unis et de préparation du 20e congrès du parti, prévu à l'automne. Les analystes s'attendent à ce que les dirigeants y abordent des sujets sensibles comme la relance de la croissance ou la politique zéro-Covid, qui a des répercussions sur l'économie mondiale.
Le mystère entretenu par le pouvoir
Le secret qui entoure le conclave de Beidaihe est soigneusement entretenu. Aucune communication officielle n'est faite sur l'ordre du jour, et les participants ne s'expriment jamais publiquement. Les rares informations qui filtrent proviennent de fuites ou de déductions d'experts. Cette opacité contraste avec la communication très contrôlée du régime, qui préfère laisser planer le doute sur les débats internes.
Pour les sinologues, ce conclave est un moment clé pour comprendre les équilibres de pouvoir au sein du PCC. Les décisions prises à Beidaihe sont souvent annoncées plus tard lors des sessions plénières du Comité central. Ainsi, le conclave sert de laboratoire d'idées et de lieu de négociation avant les grandes échéances politiques.
Un lieu chargé d'histoire
Beidaihe n'est pas seulement un lieu de villégiature ; c'est un symbole du pouvoir chinois. La station a également accueilli des conférences diplomatiques, comme celle de 1958 entre Mao et le leader soviétique Nikita Khrouchtchev. Aujourd'hui, elle reste un lieu de retraite pour les dirigeants, qui y trouvent un cadre propice à la réflexion et aux discussions informelles.
Malgré son importance, Beidaihe demeure un point aveugle pour les médias étrangers. Les autorités chinoises n'ont jamais autorisé la presse à couvrir directement le conclave. Seules des photos officielles, publiées après coup, montrent parfois les dirigeants en tenue décontractée, marchant sur la plage ou jouant au tennis. Ces images, soigneusement sélectionnées, visent à projeter une image d'unité et de sérénité du pouvoir.
Des enjeux cruciaux pour l'avenir
Pour les observateurs, le conclave de cette année est d'autant plus suivi que le 20e congrès du PCC, qui doit se tenir en octobre, verra probablement la reconduction de Xi Jinping à la tête du parti pour un troisième mandat, une première depuis Mao. Les discussions de Beidaihe pourraient donc influencer la composition du nouveau Comité permanent, qui sera dévoilé lors du congrès.
En attendant, la station balnéaire reste fermée aux touristes pendant la durée des discussions. Les habitants de la région, habitués à ces restrictions, savent que la saison touristique est écourtée. Pour les autorités locales, c'est un manque à gagner, mais la sécurité et la discrétion priment. Le conclave se terminera sans doute comme il a commencé, dans le silence, laissant aux spéculations le soin de combler le vide.



