Un drone transportant une « quantité importante d'explosifs » est entré en Bulgarie samedi matin et a explosé près de la frontière avec la Roumanie et d'un gazoduc transbalkanique, avant de tomber dans un champ sans faire de victime, a annoncé le Premier ministre bulgare Roumen Radev.
Où a explosé le drone ?
« Le drone a explosé à proximité immédiate du poste-frontière avec la Roumanie de Kardam », près de la mer Noire dans le nord-est du pays, « à 1 000 mètres » d'une station de compression du gazoduc transbalkanique qui relie la Turquie à l'Ukraine, a déclaré Roumen Radev dans une vidéo diffusée par le gouvernement sur les réseaux sociaux. Sans savoir toutefois si cette station était visée. Le drone est ensuite « tombé dans un champ de tournesols ».
« Le bruit de ce drone a été enregistré par la police des frontières en Roumanie », puis « une forte explosion avec une fumée noire » a été remarquée par une patrouille de la police des frontières bulgare, a ajouté le Premier ministre bulgare.
L'explosion a-t-elle fait des victimes ?
« Il n'y a pas de victime », a indiqué Roumen Radev, s'exprimant après une réunion extraordinaire du conseil de sécurité de son cabinet. Selon lui, « une chose est sûre : le drone transportait une quantité importante d'explosifs, étant donné qu'il a été entendu à distance et qu'il a produit une telle fumée noire ».
D'où venait le drone ?
« J'espère que nous découvrirons bientôt de quel type [de drone] il s'agit », a souligné Roumen Radev, assurant qu'il ne s'agissait pas d'« un drone de loisir » mais d'un « drone plus grand ». Selon lui, ce drone n'a été détecté par aucun des pays voisins, et notamment ni la Roumanie, ni la Turquie. Ce qui pourrait accréditer la thèse d'une entrée sur le territoire par la mer Noire, où la Russie et l'Ukraine multiplient les frappes sur des navires cargo depuis plusieurs semaines. « Comme vous le savez, l'identification et la neutralisation de ces drones représentent un défi majeur », a-t-il ajouté.
La Turquie a dénoncé mardi des attaques de drone survenues lundi en mer Noire contre deux navires appartenant à des armateurs turcs, faisant des blessés parmi l'équipage. Ce pays, qui partage une frontière avec la Bulgarie, a redit sa préoccupation face à « l'escalade du conflit » dans cette mer.
L'incident pourrait-il avoir des conséquences ?
La Bulgarie est membre de l'OTAN depuis le 29 mars 2004 et membre de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2007, tout comme la Roumanie, ce qui donne à l'incident une dimension géopolitique. Si les incursions de drone sont devenues fréquentes en Roumanie, dans les zones de la mer Noire et à la frontière avec l'Ukraine, c'est le premier incident de ce genre en Bulgarie, qui n'avait jusqu'ici que retrouvé des débris de drones échoués sur le rivage de cette même mer.
Les incidents impliquant des drones se sont multipliés ces derniers mois dans les pays d'Europe de l'Est membres de l'OTAN et soutiens de l'Ukraine face à la Russie. Appuyée par l'Union européenne (UE), la Roumanie dénonce la responsabilité de la Russie dans les incursions de drones, dont certains se sont écrasés sur son territoire. Fin juillet, Bucarest a ordonné l'expulsion d'un membre de l'ambassade russe après avoir abattu trois drones en trois jours.
Après ces incidents, le ministère bulgare de la Défense « a renforcé la couverture radar et les capacités de surveillance dans la région et a redéployé des forces et des moyens pour contrer les cibles aériennes volant bas et à faible vitesse », a indiqué samedi Roumen Radev. « Nous continuons à suivre la situation et à renforcer la surveillance, et à la suite de cet incident, nous allons redéployer des forces et des moyens de la police des frontières pour la détection de drones et les opérations de lutte antidrones de la frontière avec la Turquie vers la frontière avec la Roumanie », a ajouté le Premier ministre.
Quelle est la position de la Bulgarie sur la guerre en Ukraine ?
La Bulgarie a récemment pris ses distances avec l'Ukraine. Sofia a cessé d'envoyer une aide militaire à l'Ukraine à partir des stocks de son armée en juin, et n'a pas participé à la dernière réunion de la « coalition des volontaires » réunissant les soutiens de Kiev en juillet. Roumen Radev, décrit comme un « pro-russe » lors de son élection, avait estimé que « la place de la Bulgarie n'est pas dans » cette coalition, appelant plutôt à renforcer les efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre.



