Comment les excès de Black Lives Matter ont pavé la voie à Trump
Black Lives Matter : les excès ont pavé la voie à Trump

Dans son nouvel essai L’été de notre colère (Grasset), l’écrivain américain Thomas Chatterton Williams revient sur l’été 2020, marqué par le meurtre de George Floyd et la pandémie de Covid-19. Il y analyse les bouleversements culturels, médiatiques et idéologiques de cette période et affirme que les excès du mouvement Black Lives Matter et du wokisme en général ont ouvert la voie au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Un été de colère et de bouleversements

L’été 2020 a été un moment charnière aux États-Unis. Le meurtre de George Floyd, tué par un policier à Minneapolis, a déclenché des manifestations massives à travers le pays, tandis que la pandémie de Covid-19 bouleversait la vie quotidienne. Thomas Chatterton Williams, essayiste et contributeur régulier de médias américains, a vécu cette période de l’intérieur et en livre une analyse personnelle et documentée.

Dans L’été de notre colère, il décrit comment cette conjonction de crises a produit une « colère » qui a dépassé le cadre de la simple revendication sociale. Selon lui, le mouvement Black Lives Matter, légitime dans son combat contre les violences policières, a vu émerger des dérives : exigences de pureté idéologique, censure des opinions dissidentes, et une focalisation sur des enjeux identitaires parfois éloignés des préoccupations immédiates des classes populaires.

Le wokisme comme accélérateur politique

Williams pointe plus largement le phénomène du wokisme, qu’il définit comme une sensibilité culturelle privilégiant la lutte contre les discriminations, mais qui, dans ses excès, a pu apparaître comme liberticide. Il montre comment ces excès ont été instrumentalisés par la droite américaine et ont contribué à éloigner une partie de l’électorat, notamment les classes moyennes et les minorités modérées.

L’essayiste explique que les appels à la « déconstruction » des institutions, les attaques contre la liberté d’expression ou encore la diabolisation des forces de l’ordre ont créé un sentiment d’insécurité culturelle chez de nombreux Américains. Ce sentiment a été habilement exploité par Donald Trump, qui a fait de la lutte contre le « politically correct » un axe central de sa campagne.

Un retour annoncé de Trump

Williams affirme que ces dynamiques ont pavé la voie au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. En 2024, le candidat républicain a capitalisé sur le rejet des excès du progressisme, en se présentant comme le défenseur des « Américains silencieux » et en promettant de restaurer l’ordre et la liberté d’expression.

L’essai ne se contente pas de critiquer les dérives du wokisme ; il appelle également à un rééquilibrage. Pour Williams, il est urgent de revenir à une conception plus classique du libéralisme, fondée sur l’individu plutôt que sur le groupe, et sur le dialogue plutôt que sur l’anathème. Il plaide pour une gauche qui sache défendre à la fois la justice sociale et la liberté d’expression, sans tomber dans les pièges de la censure ou de l’identitarisme.

Un livre qui fait débat

L’été de notre colère s’inscrit dans le débat intellectuel américain sur l’héritage de 2020. L’ouvrage a été salué par une partie de la critique pour sa lucidité, mais a aussi suscité des critiques de ceux qui y voient une forme de complaisance envers la droite trumpiste. Thomas Chatterton Williams, qui se définit comme un libéral classique, assume cette position : il refuse de choisir entre la défense des minorités et la défense des libertés individuelles.

Le livre paraît alors que les États-Unis sont à nouveau confrontés à des tensions raciales et politiques. Il offre une grille de lecture pour comprendre comment une période de crise sanitaire et sociale a pu déboucher sur une résurgence du trumpisme, et ce que cela implique pour l’avenir de la démocratie américaine.