Le débat suscité par l'affaire Thélyson Orélien, dont le roman « C'était ça ou mourir » aurait été massivement rédigé à l'aide de l'intelligence artificielle, a trouvé un écho particulier dans les propos de Frédéric Kaplan. Pour ce spécialiste des mutations de l'écriture à l'ère du numérique, « le fantasme d'une écriture artisanale isolée de la machine est déjà mort ». Nous sommes entrés, selon lui, dans une nouvelle ère qui n'est pas moins enthousiasmante que la précédente.
Un roman au cœur de la polémique
Le roman de Thélyson Orélien, écrivain québécois d'origine haïtienne, a été salué par la critique et sélectionné sur les listes des prix littéraires. C'est un détecteur qui a soulevé l'hypothèse d'une rédaction massive par l'IA. L'auteur, lui, continue de nier avoir eu recours à cette technologie. Cette situation a déclenché une discussion passionnée dans le monde littéraire.
Au-delà de la question de la véracité des accusations, c'est la littérature à l'ère d'un bouleversement technologique majeur qui est interrogée. Peut-on encore écrire sans l'IA ? Le faut-il ? Que devient l'auteur quand il peut se faire aider par une machine ? L'histoire de l'art a-t-elle connu des précédents ?
La mort du fantasme de l'écriture artisanale
Frédéric Kaplan, qui réfléchit depuis longtemps aux mutations de l'écriture à l'heure du numérique, apporte un éclairage singulier. Pour lui, l'idée d'une écriture artisanale, totalement isolée de la machine, relève du fantasme. Cette conception est déjà dépassée. L'écriture a toujours été influencée par les outils disponibles, et l'IA s'inscrit dans cette continuité.
Cette position tranche avec les inquiétudes exprimées par certains acteurs du monde littéraire. Elle suggère que l'usage de l'IA ne signe pas la fin de la création littéraire, mais ouvre plutôt un nouveau chapitre de son histoire. L'enthousiasme de Frédéric Kaplan pour cette nouvelle ère contraste avec les craintes de voir la machine supplanter l'humain.
Une nouvelle ère pour la littérature
L'entretien, réalisé par Xavier de La Porte pour BibliObs, a été publié le 7 octobre 2026. Il s'inscrit dans un dossier plus large consacré à l'affaire Thélyson Orélien et à la littérature à l'ère de l'IA. Frédéric Kaplan y développe sa vision d'une écriture enrichie par les outils numériques, plutôt que menacée par eux.
Pour lui, cette nouvelle ère n'est pas moins enthousiasmante que les précédentes. Les écrivains disposent désormais de nouveaux moyens d'exploration et de création. La question n'est plus de savoir si l'on doit utiliser l'IA, mais comment l'intégrer de manière créative et responsable. Cette perspective, si elle ne clôt pas le débat, offre une voie pour penser l'avenir de la littérature.