La cave coopérative de Correns, dans le Var, a clos des vendanges 2026 marquées par l'incendie du Gros Bessillon. Face au traumatisme collectif, les vignerons du premier village bio de France réfléchissent à la création d'une cuvée solidaire de rosé, dédiée à la reforestation du massif sinistré. Selon Fabien Mistre, président des Vignerons de Correns, la récolte affiche une baisse d'environ 10 %, mais la qualité des premiers jus est jugée satisfaisante.
Des vendanges atypiques sous le signe de l'urgence
L'incendie du Gros Bessillon, survenu le 31 juillet, a coupé le village de Correns du monde pendant de longues heures, le privant d'eau, d'électricité et de voies d'accès. Les vignerons ont dû s'organiser en toute urgence pour récolter au plus vite, afin d'éviter une montée en degrés d'alcool. « Ces vendanges ont été atypiques à bien des égards », résume Fabien Mistre, qui salue la mission accomplie malgré les défis logistiques.
La récolte globale est « globalement quasiment normale », avec une baisse d'environ 10 %. Une hétérogénéité marquée existe selon les territoires, certains ayant récolté davantage que la normale, d'autres moins, en fonction des averses localisées et du recours à l'irrigation. « Une récolte exceptionnelle n'aurait pas forcément été une bonne nouvelle dans le contexte », ajoute le président, soulignant la nécessité de ne produire que ce que l'on peut vendre.
Des parcelles à risque surveillées de près
Un nombre important de parcelles ont été identifiées comme à risque de contamination par les fumées. Elles ont été vendangées dans des cuves à part et ont fait l'objet de nombreuses analyses, « poussées et coûteuses ». À ce jour, aucun goût de fumée n'a été constaté, une excellente nouvelle selon Fabien Mistre. Pour réduire encore ce risque, la coopérative ne produira pas de vin rouge avec les raisins issus de ces parcelles, le risque étant accru selon la durée de macération.
Certaines parcelles au pied du Bessillon ont subi d'énormes dégâts, avec une perte totale de récolte. L'inquiétude porte sur la capacité des vignes à repartir au printemps. « On s'inquiète de voir si ces vignes repartiront bien au printemps, ou s'il ne va pas falloir arracher pour replanter, suite à quoi il y aurait encore trois à quatre ans à attendre pour avoir une récolte. Il faudra que les assurances en tiennent compte dans leurs indemnisations », insiste Fabien Mistre.
Une solidarité vigneronne et une cuvée pour marquer l'histoire
Malgré les difficultés, une belle solidarité s'est manifestée. « Nous avons reçu de nombreuses propositions de dons de raisins, bio évidemment. Nous n'en avons finalement pas eu besoin, la récolte ayant été suffisante, mais nous avons été très touchés par cette générosité spontanée de la profession », confie Fabien Mistre.
Le projet de cuvée solidaire est en cours de réflexion. « Nous portons actuellement une réflexion sur l'élaboration d'une cuvée de rosé dédiée à cet incendie, quelque chose pour marquer l'histoire, car il faudra s'en rappeler », explique-t-il. L'idée est de rassembler les vignerons de toutes les communes touchées par le feu : Correns, Montfort, Cotignac, Pontevès, Barjols, Châteauvert. Les bénéfices financeront une association œuvrant à la reforestation du massif. « Cela offrirait un beau moment de solidarité de la filière, après un incendie dramatique, cela aurait du sens », ajoute-t-il.
Le couple Amal et George Clooney, coopérateurs de la cave de Correns, pourrait jouer un rôle d'ambassadeur. « Ils ont fait une belle récolte cette année », sourit Fabien Mistre. « On n'a rien demandé à Amal et George Clooney, mais vue leur belle image, et le fait qu'ils n'hésitent pas à s'investir parfois localement, ce serait un atout considérable en effet. » Le projet demeure pour l'heure au stade de la réflexion, mais la piste d'une mobilisation du « trio hollywoodien » de la Provence verte, incluant Brad Pitt à Correns et George Lucas à Châteauvert, reste ouverte.