Au troisième jour du procès d'Anthony Barotin, accusé du double assassinat de ses beaux-parents à Tourves en juillet 2021, la cour d'assises du Var se penche sur la piste financière. Selon les enquêteurs de la section de recherches de Marseille, seul Anthony Barotin avait un intérêt financier à liquider Patrick et Marie-Laure Lauro, avec l'éventuelle vente de leur propriété, le Domaine des Sources, qui aurait suivi. Cette hypothèse s'appuie sur les dettes de l'accusé, dont le montant total avoisinait les 100.000 euros.
Les dettes d'Anthony Barotin et la cession de ses fonds de commerce
Une partie des dettes, environ 40.000 euros, provenait de ses sociétés d'autos-écoles. Début 2020, Anthony Barotin avait cédé ses fonds de commerce à Patrick Lauro pour un euro symbolique « sans garantie de passif ». Patrick Lauro, qui avait pour projet de passer la main à Johan D., fils d'un ami d'enfance, n'avait pas connaissance de ce trou. Johan D. non plus.
« Quand je reprends les fonds de commerce, je me retrouve aussitôt avec une créance, explique ce mercredi Johan D. à la barre des témoins de la cour d'assises. J'ai dû sortir cet argent et, avec Patrick et Anthony Barotin, nous avons cherché un accord. En vain. Mais je n'ai jamais été agressif à son encontre. »
Le conflit autour du local commercial et la question « à qui profite le crime ? »
Deux ans auparavant, Patrick Lauro vendait un terrain à Gignac-la-Nerthe dans le cadre d'un projet de centre commercial. Le compromis prévoyait, outre le prix de vente d'un peu plus d'un million d'euros, une dation comprenant un local de bureaux et une piste pour moto-école. Deux sites que Johan D. comptait exploiter dans le cadre d'une promesse de bail commercial passé avec son « père professionnel ». Mais les travaux tardent. D'un commun accord avec Patrick Lauro, Johan D. le met en demeure de livrer le local sous astreinte de 1.080 euros par jour de retard, Patrick Lauro se retournant de son côté contre le promoteur.
« À ce jour, ce conflit n'est toujours pas réglé, soupire Johan D. La disparition de Patrick et Marie-Laure n'a rien arrangé à l'affaire. J'ai dû liquider mes sociétés. J'ai tout perdu, même mon couple ! Je pose la question : à qui profite le crime ? » Pas à lui semble-t-il, malgré les efforts de la défense pour démontrer le contraire. Malgré aussi le récit d'Anthony Barotin qui l'accuse aujourd'hui, après avoir pris dans un premier temps l'entière responsabilité des faits, d'avoir commandité un cambriolage chez les victimes afin de « récupérer des documents », et qui s'est terminé en double meurtre.
Les témoignages et le mobile de la haine
« Je n'ai jamais constaté de rapport conflictuel entre Patrick Lauro et Johan D., confirme l'expert-comptable ayant eu à travailler sur les différentes sociétés du duo. Au contraire, il y avait une certaine forme d'amitié. » « J'étais ami avec Anthony, et jamais il ne m'a fait part de menaces de la part de Johan D. », ajoute un autre témoin qui a avoué par ailleurs aux gendarmes avoir vendu à l'accusé en mai 2021 un pistolet semi-automatique de calibre 22 LR équipé d'un silencieux, l'arme du crime.
Pour la fille des victimes et ex-épouse d'Anthony Barotin, le mobile est d'abord à chercher ailleurs. « C'est un crime de haine avant d'être un crime d'argent, est-elle persuadée. Anthony n'en pouvait plus de mon père, il traitait ma mère de p…. Il ne les supportait plus. » Dans l'entourage de Patrick et Marie-Laure Lauro, Anthony Barotin était le seul à nourrir de tels griefs à leur encontre. Il est le seul, aujourd'hui, à devoir répondre de ce double assassinat.