L'association Tales (Tout à l’égout, assainissement, santé) poursuit son combat pour le raccordement de la Cité des Espagnols au tout-à-l’égout. Après le rejet de sa pétition par la Commission européenne en mai, faute d'éléments suffisants, le président Jésus Araiz a demandé la réouverture du dossier. Parallèlement, Nîmes Métropole a accepté de réunir les bénévoles avec ses techniciens et son président Vincent Bouget.
Un « apartheid sanitaire » dénoncé depuis des décennies
Les habitants de la Cité des Espagnols, un quartier rural à deux pas du centre-ville de Nîmes, attendent le tout-à-l’égout depuis les années 1960. Le maire de l'époque, Émile Jourdan, leur avait fait cette promesse. Six décennies plus tard, ils se contentent toujours de fosses septiques ou de mini-stations d'épuration. « Nous vivons un apartheid sanitaire : tous les quartiers autour de nous en bénéficient », dénonce Jésus Araiz, président de Tales.
L'association, fondée en 2014, a commencé par une banderole lors d'une manifestation : « Le musée de l'insalubrité ». Depuis douze ans, ses bénévoles multiplient les actions, tout en maintenant la tradition de la paella lors des ferias à la Casita. Leur combat s'appuie sur un conseil d'administration dynamique et 70 adhérents.
La réponse de la Commission européenne
Après la fin de non-recevoir de Nîmes Métropole en 2021 et le rejet des recours devant le tribunal administratif, les habitants se sont tournés vers la Commission européenne. Leur pétition a été jugée recevable en 2024. « Nous l'avons saisie parce que l'Agglo ne respecte pas la directive 91/271 sur la protection de l'environnement, la mise aux normes des stations d'épuration. Nous lui avons envoyé l'étude de faisabilité, l'enquête publique de 2018, les comptes rendus des réunions avec l'Agglo », explique le président.
En mai, la réponse est arrivée. La Commission des pétitions estime ne pas « disposer d'éléments concernant les refus par Nîmes Métropole du raccordement du quartier à un système de collection des eaux urbaines résiduaires, suite à l'étude de faisabilité présentée en 2020 ». Elle indique donc « ne pas être en mesure d'évaluer si la situation décrite implique ou non une violation de la directive 91/271 ». Même réserve, faute d'éléments, sur « le niveau de protection environnemental assuré par les autres systèmes d'assainissement ».
« En réponse, je leur ai demandé si la Commission a travaillé en consultation avec l'Agglo », lance Jésus Araiz, qui a sollicité la députée européenne Chloé Ridel. « Le dossier est clôturé. J'ai demandé sa réouverture. Ou alors, on fait une autre pétition. »
Des réunions avec Nîmes Métropole
L'équipe de Tales a déjà été reçue par le directeur de cabinet de Vincent Bouget, président de Nîmes Métropole. « Il nous a indiqué que l'étude de faisabilité sera ressortie. Ils vont travailler sur le dossier. Et ils vont nous réunir avec les techniciens de l'Agglo et Vincent Bouget », précise Jésus Araiz. « Nous attendons beaucoup de cette réunion. »
L'association, convaincue de « sa légitimité pour le bien du quartier », estime que sur de tels sujets, « on ne peut pas faire de référendum (NDLR : envisagé un temps par l'Agglo). Les élus doivent agir en conséquence pour protéger le quartier. Alors, on espère : on sait que le dossier va être réétudié, et on attend la suite. »
Quant au coût du raccordement, le président balaye cet argument : « Ce dossier peut être éligible à des subventions de l'Europe, de la Région… Le village de Saint-Laurent-de-Carnols, près de Bagnols-sur-Cèze, a ainsi une station d'épuration végétale financée par l'Europe. Le refus ne doit pas être politique… »
Des eaux contaminées et des parcelles trop petites
En avril 2026, l'association a fait analyser les eaux de forage sur cinq points du quartier, à ses frais. Dans trois secteurs, la bactérie Escherichia coli a été retrouvée. Jésus Araiz rappelle que, sur les 250 habitations de la Cité des Espagnols, « 40 % ont des parcelles trop petites pour recevoir des fosses septiques aux normes. Elles ne sont pas installées avec les distances nécessaires. En outre, la nappe phréatique est trop haute, le terrain trop bas. »
En 2020, l'étude de faisabilité avait conclu que le raccordement au tout-à-l’égout était possible, avec la création de 4 à 5 pompes de relevage. Les habitants attendent désormais la réunion promise avec les techniciens de l'Agglo et son président, espérant que le dossier sera enfin réétudié en profondeur.