En gare de Menton, cet été, les TER déversent chaque jour un flot de touristes asiatiques. Des vacanciers que l'on retrouve dans la vieille ville, plus tard dans la journée, heureux de se prendre en photo dans les ruelles ou sur les rampes Saint-Michel. Les raisons de leur venue dans la cité du citron sont multifactorielles, mais l'une d'entre elles est pour le moins atypique : certains viennent pour la journée après avoir vu la série « Offline love » – l'amour hors connexion – diffusée depuis 2025 sur Netflix.
Un concept original tourné sur la Côte d'Azur
Tournée en 2024 sur la Côte d'Azur, principalement à Nice, l'émission de téléréalité japonaise doit son succès à un concept original : dix jeunes célibataires passent dix jours dans un pays étranger où ils s'en remettent au destin pour trouver l'amour, car les téléphones et réseaux sociaux sont proscrits. Deux des participants, Aru et Mimi, se retrouvent à Menton le 7e jour. « J'aime bien cette ville, c'est différent de Nice », clame aussitôt Mimi. Ravie de pouvoir s'acheter un panier brodé « Menton », elle plaisante : « Ce serait cool que je mette une baguette dedans ! » Aux côtés d'Aru, Mimi se rend sur le bord de mer, au marché, sur la plage. Elle visite le verger de la Maison du citron, accueillie par Adrien et Laurent Gannac, qui s'étaient eux-mêmes rendus au Japon en 2019 pour un salon. Arrivée devant les rampes Saint-Michel, Mimi ne cache pas son admiration : « C'est incroyable ! », s'exclame-t-elle, avant de se lancer dans un frénétique chifoumi sur les marches de la basilique. Dans la vieille ville, Aru et elle sont ébahis : « On se croirait dans un film… »
Un impact direct sur les réseaux sociaux
Depuis la diffusion de la série, plusieurs comptes Instagram de Japonais font directement le lien entre « Offline love » et leur voyage. « Voici sept lieux soigneusement sélectionnés que vous devez absolument visiter si vous vous rendez dans le sud de la France ! », commente-t-on sur un post dédié, conseillant de visiter les fameuses rampes et la Maison Gannac. Retournée quelques jours dans son pays, une jeune Japonaise vivant en France confirme avoir entendu une coiffeuse et une mannequin expliquer qu'elles allaient se rendre sur la Côte d'Azur après avoir vu la série.
Dans une étude sur le marché japonais publiée en mai 2025, l'organisme Atout France cite lui aussi « Offline love » parmi les motivations pour venir ici, et donne l'exemple de voyages proposés par l'agence japonaise JTB : six nuits à Nice, avec des visites de Vallauris, Antibes, Cagnes-sur-Mer, St-Paul de Vence, Villefranche-sur-Mer, Monaco, Menton et Eze.
Des carnets de bord sur les traces des participants
Un passage sur les moteurs de recherche permet de repérer des sites qui référencent toutes les adresses visitées par les candidats. Mieux encore : Internet regorge de carnets de bord en japonais prenant « Offline love » comme fil d'Ariane. Une jeune originaire de Wakayama – @Capybara – part ainsi sur les traces de Mimi et Aru : « En grimpant près de l'église, nous avons enfin trouvé l'escalier et l'endroit où Mimi avait fait une partie de [chifoumi] mémorable ! J'ai essayé d'y jouer de toutes mes forces. J'ai gagné de justesse ! », écrit-elle, mentionnant un passage obligé chez Maison Gannac, qui fait office de temple pour les amoureux de la série.
Le plus complet de ces journaux est tenu par Coco, âgée d'une vingtaine d'années : « Le rendez-vous entre Aru et Mimi ne m'avait pas vraiment convaincue, et comme ce n'était pas la saison des citrons, j'avais complètement oublié Menton, glisse-t-elle. Mais cette ville regorge de magnifiques bâtiments, avec une atmosphère différente de celle de Nice, et une palette de couleurs splendide. » Coco aussi jugeait indispensable de se rendre à la basilique pour voir les rampes – appelées « escaliers jaunes » par les fans.
Des agences capitalisent sur la série
Dans un article de blog, un couple de médecins habitués à voyager détaille toutes les informations pratiques pour permettre aux amateurs d'« Offline love » de se rendre sur les pas d'Aru et Mimi : « Menton est une ville pour laquelle il existe très peu d'informations en japonais, et nous avons également eu du mal à en recueillir avant notre visite », notent-ils, évoquant malgré tout un guide dédié au Sud de la France (qui inclut Menton) et un numéro de Madame Figaro voyage en langue japonaise.
Côté français aussi, on entend capitaliser sur la série pour attirer. Comme en témoignent les fiches proposées par Explore France, le site officiel de l'agence nationale du tourisme, sur le parcours de chacun des dix célibataires. Celle consacrée à Aru aborde Menton, avec les adresses à ne pas manquer, et un petit conseil « made in France » à l'attention des potentiels voyageurs : « Menton est une ville frontalière située à environ une heure de train de Nice. La célèbre Fête du Citron a lieu chaque année de février à mars, et toute la ville se pare alors de jaune. »
En terre nippone, l'agence de voyage Glage (pour « glamorous voyage ») propose carrément des séjours clé en main sur les traces de la série : « Pour ceux qui souhaitent vivre les scènes dont ils ont toujours rêvé, un voyage sur mesure peut les rendre réalité. Notre véhicule privé et notre guide parlant japonais vous conduiront en toute tranquillité vers des lieux de tournage difficiles à trouver », promet-on, proposant même de louer le même hôtel que les participants pour vivre l'expérience à fond, avec mention de Menton parmi les sites à ne pas manquer.
Les Taïwanais également séduits
Installé au Japon, le Mentonnais Pierre Gambarini – qui a permis à « sa » ville d'apparaître dans un manga – nuance malgré tout : « Il faut savoir que si le Japon est une destination super populaire en ce moment, en partie grâce à un Yen peu cher, partir à l'étranger est à l'inverse devenu très onéreux pour les habitants. Et moins de Japonais voyagent », indique-t-il, précisant avoir plusieurs connaissances qui aimeraient aller à Menton quand ils le pourront, mais que ces dernières ont connu la ville via des émissions TV japonaises de voyage ou via Jean Cocteau.
Précisons par ailleurs que les Japonais ne sont pas les seuls à avoir été séduits par « Offline love » au point d'organiser un pèlerinage sur les lieux de tournage. Beaucoup de comptes qui font le lien entre Menton et l'émission sont tenus par de jeunes Taïwanais. Un intérêt confirmé sur la plateforme IMDb, où l'île figure parmi les pays à avoir le plus noté le programme. Une Niçoise ayant vécu au Japon ne s'en étonne pas : « Les Taïwanais sont en général – malgré la colonisation de leur pays par le Japon entre 1895 et 1945 – très attirés par ce dernier. Ce n'est pas tellement étonnant qu'ils aient suivi cette émission et aient eu envie de découvrir la région. » Preuve de cet engouement, il existe même un terme pour désigner les Taïwanais fans du Japon : hari.



