Bigard domine l'abattage bovin et dicte ses règles aux éleveurs
Bigard domine l'abattage bovin, dicte ses règles

Le groupe Bigard, leader français de la viande, contrôle désormais près de 60% de l'abattage bovin dans l'Hexagone, selon les données de l'Institut de l'élevage. Cette position dominante lui permet d'imposer ses conditions aux éleveurs, qui dénoncent des prix imposés et un rapport de force inégal.

Un géant né de l'absorption de ses concurrents

Fondé en 1968 par la famille Bigard, le groupe a grandi en rachetant successivement ses rivaux : Charal en 2002, puis d'autres abattoirs régionaux. Aujourd'hui, il possède une vingtaine de sites industriels et réalise un chiffre d'affaires de plus de 4 milliards d'euros. « Bigard a avalé Charal et tous les concurrents potentiels, explique un expert du secteur. Résultat : les éleveurs n'ont plus le choix de leur acheteur. »

Des prix fixés unilatéralement

Les éleveurs témoignent d'une pression constante. « On nous annonce le prix par SMS, la veille de l'enlèvement, sans possibilité de négocier », raconte Jean-Pierre, éleveur dans le Puy-de-Dôme. « Si on refuse, on doit trouver un autre débouché, mais il n'y en a pas. » Selon une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) en 2025, les marges des éleveurs ont chuté de 15% en cinq ans, tandis que celles de Bigard progressaient de 8%.

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Un système verrouillé de l'amont à l'aval

Bigard contrôle non seulement l'abattage, mais aussi la transformation et la distribution. « Il possède ses propres marques, comme Charal, et fournit la grande distribution, précise un analyste. Cela lui donne un pouvoir de marché considérable. » Les éleveurs doivent aussi respecter des cahiers des charges stricts, sous peine d'exclusion. « Si vous ne respectez pas le poids ou le gras exigé, vous êtes pénalisé financièrement », ajoute un éleveur du Cantal.

Des alternatives limitées

Face à cette situation, certains éleveurs tentent de se regrouper pour vendre directement aux consommateurs ou à des abattoirs de proximité. Mais ces circuits ne représentent qu'une part infime du marché. « Il faudrait des abattoirs publics ou coopératifs, estime un syndicaliste agricole. Mais les investissements sont lourds et l'État n'a pas encouragé cette voie. »

Des actions en justice et des appels à la régulation

La Fédération nationale bovine (FNB) a saisi l'Autorité de la concurrence en 2025, dénonçant un abus de position dominante. L'enquête est en cours. « Nous demandons un plafonnement des parts de marché par abattoir, comme dans d'autres secteurs », déclare le président de la FNB. De son côté, Bigard se défend en invoquant la libre concurrence et la nécessité d'optimiser les coûts. « Nous payons le prix du marché, affirme un porte-parole du groupe. Les éleveurs sont libres de vendre ailleurs. »

Un impact sur la qualité et la biodiversité

La concentration favorise également des races bovines standardisées, au détriment des races locales. « Les cahiers des charges de Bigard privilégient les animaux à croissance rapide, ce qui réduit la diversité génétique », note un chercheur en zootechnie. Des éleveurs de races comme l'Aubrac ou la Salers peinent à trouver des débouchés. « On nous demande de produire toujours plus, mais avec moins de moyens, résume un éleveur de l'Aveyron. Le système est à bout. »

En conclusion, la domination de Bigard sur l'abattage bovin illustre les dérives d'une concentration excessive, où les éleveurs perdent leur pouvoir de négociation. Les pouvoirs publics sont appelés à agir pour rééquilibrer les relations commerciales et préserver la diversité de l'élevage français.

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