Épargne : l'IA, un outil utile mais à manier avec prudence
Épargne : l'IA, un outil utile mais à manier avec prudence

Les agents d'intelligence artificielle (IA) généralistes, tels que ChatGPT, peuvent fournir des recommandations d'investissement, mais ils ignorent tout du profil de leur interlocuteur, de son âge, de son patrimoine ou de son aversion au risque. Face à cette lacune, l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) recommande la plus grande prudence, tandis que des banques et plateformes d'épargne intègrent progressivement des agents IA internes pour offrir des conseils personnalisés et sécurisés.

Une routine patrimoniale en trois étapes

Après les vacances, il est courant de se fixer des objectifs : inscription à la salle de sport, programme nutritionnel, rangement de la maison. Mais qu'en est-il de son argent ? En matière de patrimoine, les projets se pensent sur le long terme, et il vaut mieux éviter les décisions hâtives. Toutefois, remettre de l'ordre dans ses idées à échéances régulières reste une bonne pratique. Une routine en trois étapes permet de vérifier que son organisation patrimoniale est toujours adaptée : d'abord, vérifier sa capacité d'épargne, surtout si les revenus ou les dépenses ont évolué ; ensuite, questionner la répartition de ses investissements entre les différentes catégories de placements selon le contexte ; enfin, faire le point sur la performance de ses produits.

L'environnement économique demeure mouvant : taux d'intérêt en hausse, marchés actions au sommet, immobilier en dents de scie. De nombreux défis attendent les épargnants dans les prochains mois, et anticiper permet d'affronter l'avenir avec sérénité.

L'IA généraliste, un conseiller sans profil

Un test simple : demander à ChatGPT "J'ai 10 000 euros à investir en Bourse. Tu me conseilles quelles actions ?" L'agent IA répond sans hésiter, recommandant de placer 70 à 80 % de la somme sur un ETF monde, le solde sur des actions individuelles comme Microsoft, NVidia, Amazon, ASML, LVMH et Visa. Pourtant, contrairement à un conseiller financier, l'IA n'a aucune idée du profil de son interlocuteur. Elle fournit néanmoins des recommandations, tout en déclarant, lorsqu'on creuse le sujet, qu'elle n'est pas un conseiller financier agréé et qu'il vaut mieux "éviter d'investir uniquement parce que l'IA recommande une action".

Faut-il alors fournir à l'IA plus de détails personnels, comme ses revenus ou la composition de son patrimoine ? L'ESMA préconise au contraire la plus grande prudence : "Ne partagez pas vos données personnelles avec des outils publics d'IA en ligne. Ils peuvent ne pas être suffisamment sécurisés et mettre vos données personnelles en danger."

Des agents IA internes dans les banques

Pour contourner ce problème, les banques et les plateformes d'épargne intègrent progressivement des agents IA internes. Ces super-chatbots règlent déjà des questions simples liées à la gestion d'un compte courant (solde, opposition sur carte bancaire). La prochaine étape, plus complexe, consiste à répondre à des problématiques de gestion de patrimoine. Odonatech, spécialisée dans l'IA et la finance comportementale, a développé un agent IA nommé Lila, déjà utilisé par des acteurs français comme Crédit agricole, Gestiondepatrimoine.com et La Finance pour Tous. "Lila a accès, si le client l'autorise, à l'historique de ses opérations et peut donc apporter une réponse personnalisée, dans un cadre sécurisé puisque cela se passe au sein de l'app' du client", explique Stéphane Dothée, fondateur d'Odonatech.

En attendant la généralisation de ces outils, les agents IA généralistes (ChatGPT, Claude, Gemini, Le Chat, Perplexity) peuvent servir à parfaire ses connaissances sur les placements, la fiscalité, la retraite, la Bourse ou le crédit. "C'est un bon outil d'éducation financière mais les agents IA présentent des biais, car ils sont surtout alimentés par des données américaines", prévient Stéphane Dothée. Ils ne remplacent pas une vision à 360 degrés de l'épargnant. "En se fiant à une IA, on risque de juxtaposer des placements sans aucune cohérence, estime Emmanuel Hardy, président d'Inovea. Or, la gestion de patrimoine est une science complexe, nécessitant de tenir compte de la situation du client dans son ensemble."

Des limites et des risques de déception

Les agents IA peuvent aussi créer des attentes irréalistes. "Certains clients arrivent avec une allocation d'actifs détaillée en tête, réalisée à l'aide d'un agent IA, relate Gilles Belloir, directeur général de Placement-direct.fr. Ils sont parfois déçus de ne pas pouvoir la mettre en œuvre car leur liste ne coïncide pas à 100 % avec les supports éligibles à nos contrats d'assurance-vie, aussi larges soient-ils."

Autre difficulté : les agents IA vont souvent dans le sens de leur interlocuteur. "Il faut rédiger des prompts qui se font l'avocat du diable, conseille Stéphane Dothée. Si vous envisagez de modifier la répartition de votre épargne dans votre contrat d'assurance-vie, il est intéressant de demander à la machine les bonnes raisons de ne pas le faire. Cela vous permettra de prendre en compte votre propre irrationalité et vos biais comportementaux." En définitive, l'IA n'est qu'un outil ; le cerveau, c'est vous.