Des crèches devenues irrespirables qui ont dû fermer. Qui aurait pu imaginer un tel scénario pour la France il y a dix ou quinze ans ? Frappé de plein fouet par des chaleurs record à plus de 42 °C, notre pays a dû se résoudre à fermer les écoles et crèches où la température était devenue trop élevée. Depuis ces terribles journées de fournaise, c’est tout le pays qui semble ouvrir les yeux sur une réalité pourtant criée par les scientifiques. Le climat se réchauffe et l’homme n’aura d’autre choix que de s’adapter et d’adapter son habitat. Face à ce défi immense, des solutions existent pour rendre nos bâtiments plus résilients face à ce changement. Exemple à Rennes, où une crèche d’un nouveau genre a été taillée pour mieux résister au cœur d’un quartier en pleine mutation.
Une crèche pensée pour le plein air et la fraîcheur
La future crèche Bois-Perrin, à Rennes, offrira la possibilité aux enfants de passer 80% de leur temps en extérieur. Entre deux vagues de chaleur, Rennes a symboliquement posé la « première botte de paille » de ce futur bâtiment pensé pour réduire son empreinte carbone. Très végétalisée, avec des matériaux biosourcés, des installations photovoltaïques et un moindre recours au béton, la crèche se veut exemplaire. L’un des secrets du bâtiment construit dans la ZAC Bois-Perrin sera caché dans ses murs à ossature bois. Plutôt que d’utiliser de la laine de verre ou de roche pour l’isoler, les promoteurs du projet ont choisi un matériau naturel et très simple.
« La paille est utilisée depuis longtemps pour isoler des bâtiments. C’est un matériau local, pas très cher et qui affiche une bonne résistance thermique [le fameux coefficient R]. Le défi, c’est de l’adapter à des établissements recevant du public comme les crèches », avance Meïla Feddal, chargée du projet pour l’agence Guinée-Potin.
Des tests concluants pendant la fournaise
Pour être autorisée, la paille doit absolument être protégée par des plaques de plâtre à haute densité de chaque côté, afin de limiter au maximum le risque d’incendie, et reste plutôt limitée aux murs verticaux. Comme la laine de bois ou la ouate de cellulose, l’isolant des « trois petits cochons » affiche des performances thermiques particulièrement adaptées aux fortes chaleurs. Et non, elle ne s’envole pas si on souffle dessus. « Nous avons déjà livré quelques bâtiments comme ça. La semaine dernière, il y faisait 26 ou 27 °C alors qu’il faisait plus de 42 dehors. Ça montre que cela fonctionne », assure Hervé Potin, l’architecte. Une performance quasiment inégalée en dehors des bâtiments climatisés. Si la paille tient si bien le coup, c’est parce qu’elle est capable de laisser entrer et sortir l’air en le filtrant. Associée à un bardage bois et à une bonne ventilation, elle peut donc contenir la montée en température, tout en laissant le bâtiment respirer.
Une conception bioclimatique pour limiter la chaleur
Pour protéger la crèche de la chaleur, la paille ne sera pas seule. Conçu en orientation nord-sud, l’accueil de petite enfance sera épargné du rayonnement tardif du soleil sur sa façade ouest. Doté d’un préau sur sa face sud, le bâtiment laissera entrer la lumière en hiver mais bloquera le rayonnement du soleil en été. Des lucarnes permettront de ventiler le bâtiment la nuit, sans risque d’infraction. Et un large espace extérieur arboré de 900 m2 permettra aux enfants de faire la sieste en extérieur.
Une construction plus longue… et plus chère
Des choix qui auront cependant un coût : environ 5 millions d’euros pour la seule crèche de 36 places collectives et 24 places d’accueil familial. « La paille en elle-même n’est pas très chère mais la conception du bâtiment est plus lente. Il faut régulièrement surveiller le taux d’hygrométrie pour éviter qu’elle ne soit trop humide ou trop sèche », détaille Meïla Feddal.
D’après Arnaud Stéphan, conseiller municipal de Rennes délégué à la Petite enfance, il s’agira seulement « de la deuxième crèche municipale en semi plein air ». Après celle ouverte à Lyon. « La place à l’extérieur sera plus grande qu’à l’intérieur pour que les enfants passent un maximum de temps dehors. » C’est aussi ça l’adaptation de l’homme à son environnement.
La paille, une solution pour de plus grands bâtiments
On notera au passage que la paille peut aussi équiper des bâtiments plus grands. A Rennes, un immeuble de dix étages est en cours de construction dans le quartier de La Courrouze. Pour l’isoler, l’agence nantaise Guinée-Potin avait déjà choisi d’utiliser de la paille locale. Un matériau qui devrait encore faire parler de lui.



