Cyberattaque massive contre les supermarchés français
Cyberattaque massive contre les supermarchés

Dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 octobre, plusieurs centaines de supermarchés français ont été victimes d'une cyberattaque massive visant leurs installations frigorifiques, selon BFMTV. Le parquet de Paris a confirmé lundi une attaque "de grande ampleur" touchant "les réfrigérateurs connectés de plusieurs grandes enseignes alimentaires en France", entraînant des pertes conséquentes.

Des centaines de magasins touchés

Au moins 300 magasins Intermarché et Netto, moins d'une centaine de points de vente de Coopérative U, plusieurs magasins E.Leclerc et environ une trentaine de Monoprix ont été concernés, ont précisé les distributeurs à l'Agence France Presse (AFP). Carrefour a indiqué que 80 de ses supermarchés étaient touchés. Le groupement de supermarchés estime que le retour à la normale devrait prendre plusieurs jours, le temps que les centrales d'achats et les grossistes acheminent la marchandise vers les magasins.

Des réfrigérateurs chauffés à 50°C

Les Mousquetaires, propriétaire de l'enseigne Intermarché, ont indiqué que les réfrigérateurs d'environ 150 de leurs magasins avaient été chauffés à 50°C Celsius pendant six heures durant la nuit. Tous les aliments concernés ont été jetés afin d'éliminer tout risque sanitaire. En plus d'augmenter la température du système de dégivrage des congélateurs et chambres froides à 50°C, les pirates ont porté d'une heure à huit heures la durée de l'opération afin que les alarmes se déclenchent tardivement, relève Le Monde. Ce mode opératoire a permis de retarder les interventions et d'amplifier les dégâts.

Réactions des distributeurs et enquête

"Nos équipes sont pleinement mobilisées, en lien avec les frigoristes, pour rétablir la situation au plus vite. Une enquête devra permettre de faire toute la lumière sur cette attaque", a indiqué Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, sur le réseau social X. "S'attaquer à des équipements essentiels à la conservation des produits frais et à l'approvisionnement alimentaire des Français est d'une extrême gravité et est inédit. C'est inacceptable", a-t-il poursuivi.

Le parquet de Paris a indiqué mener une enquête sur une "cyberattaque d'ampleur touchant les réfrigérateurs connectés de plusieurs grands magasins de distribution alimentaire sur tout le territoire français". Cette enquête doit permettre de "recenser les victimes et d'établir le lien avec les dégâts rapportés par celles-ci en termes de pertes de denrées alimentaires et de départs de feu", a poursuivi le parquet. Pour sa part, le Premier ministre Sébastien Lecornu a chargé l'Agence nationale de la cybersécurité (ANSSI) d'enquêter, a indiqué à Reuters une source au sein de son cabinet.

Une vulnérabilité identifiée

Selon cette source, l'ANSSI a identifié une vulnérabilité dans un logiciel de contrôle de systèmes de froid fourni par la société danoise Danfoss. Celle-ci a déclaré être "au courant d'incidents survenus en France et affectant un nombre limité de systèmes de gestion de la réfrigération". Les unités concernées "utilisaient un micrologiciel obsolète", a déclaré Danfoss. "La majorité des unités concernées sont des produits obsolètes (…) qui ont atteint leur fin de vie et ne bénéficient plus de mises à jour logicielles ni de mises à jour de sécurité", explique la société dans un mail transmis au Monde. Elle précise également "recommander depuis longtemps à ses clients de maintenir à jour les systèmes pris en charge avec la dernière version du micrologiciel et de migrer les systèmes obsolètes vers des solutions de dernière génération".

Ces vulnérabilités, connues depuis 2023, sont classées "critiques" par le fabricant danois. En mars, puis en août 2025, Danfoss avait publié des alertes après avoir corrigé une faille de sécurité sur certains de ses logiciels, incitant ses clients à installer les mises à jour, rappelle Le Monde. Ces vulnérabilités permettent à des pirates informatiques de prendre le contrôle total d'un logiciel et donc dans ce cas de modifier la température des congélateurs.

Des pertes importantes

Aucune estimation immédiate des pertes pour l'ensemble du secteur n'a été communiquée. Elles devraient toutefois se chiffrer au minimum à plusieurs millions d'euros. Le PDG d'Intermarché, Thierry Cotillard, a relevé auprès de BFMTV que cette attaque représenterait des pertes s'élevant à "des dizaines de millions d'euros à l'échelle nationale en une seule journée".

La France n'est pas le seul pays à être concerné par ces attaques informatiques. Le distributeur néerlandais Ahold Delhaize AD.AS, qui exploite la plus grande chaîne de supermarchés des Pays-Bas, Albert Heijn, et qui est également présent aux États-Unis, a déclaré être confronté à un "problème de sécurité" sur son réseau et avoir mis hors service plusieurs systèmes par précaution, rapporte Reuters. Selon Ahold Delhaize, il n'y a cependant aucune raison d'établir un lien entre les incidents survenus en France et ses supermarchés.