Antoine Dupont traverse une période délicate après sa blessure
Dupont traverse une période délicate

Revenu à la compétition il y a un peu plus de cinq mois après une grave blessure, le demi de mêlée Antoine Dupont apparaît moins inspiré et dominant depuis plusieurs semaines. Pour la réception de Clermont, samedi 25 avril, Ugo Mola avait aligné son équipe « premium », celle composée des meilleurs joueurs de l’effectif toulousain. À deux exceptions près : Thibaud Flament et Antoine Dupont. Le premier, au poste très exigeant, est habitué à prendre place sur le banc de temps à autre chaque saison. Pour le second, c’est beaucoup plus inhabituel. Surtout en prime time le dimanche soir, et à l’occasion d’une délocalisation au Stadium. Les Rouge et Noir ont perdu (24-27), Antoine Dupont a fait une entrée en jeu anonyme et a subi les événements, lui qui a plutôt l’habitude de peser de tout son poids sur le déroulé des matchs.

Personne n’ira affirmer que le capitaine et demi de mêlée est directement responsable de cette vilaine défaite sans grande conséquence comptable, mais cet épisode vient illustrer la période délicate qu’il traverse depuis environ deux mois et un certain Écosse - France.

Montée en puissance puis…

Ce jour-là, les Bleus avaient été mis en déroute (50-40) et Dupont avait presque tout raté. Du jamais-vu pour lui. Et c’est comme si ce sale après-midi à Murrayfield avait marqué un point de bascule dans l’histoire de son retour de blessure. Victime d’une rupture du ligament croisé en mars 2025, il a repris la compétition fin novembre avec une montée en puissance progressive à Toulouse et le Tournoi en ligne de mire. Aussi a-t-il alterné entre le très efficace et le brillant contre l’Irlande, le pays de Galles et l’Italie.

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Mais depuis l’Écosse, donc, sa baisse de régime semble assez nette. Ni contre l’Angleterre pour boucler le Tournoi, ni avec le Stade Toulousain, Dupont n’a retrouvé son éclat. Les statistiques montrent qu’il est moins tranchant et qu’il pèse moins que la saison dernière, tronquée par sa participation aux Jeux olympiques avec l’équipe de France à 7. Et qu’il est à bonne distance de son rendement de 2021-2022, au moment de son « prime » (élu meilleur joueur du monde en 2021, vainqueur du Grand Chelem 2022).

Des « traces » post-Tournoi

Suite au Tournoi, il a été remplaçant pour les trois matchs de Top 14 qu’il a disputés, et titulaire en huitièmes puis en quarts de Champions Cup. Avec un couac au passage, un carton jaune – le premier de sa carrière lors d’un match de phase finale – pour un croche-patte sur le Bordelais Arthur Retière. Après coup, son manager Ugo Mola a admis que cette sanction, reçue pile à la fin du carton rouge de 20 minutes reçu par Dorian Aldegheri, avait « mis un coup sur la tête à l’ensemble de l’équipe », battue par l’UBB (30-15).

« C’est toujours quand on revient d’une blessure longue, on peut avoir un trou d’air à un moment donné », disait Dupont début avril. Lui-même a plusieurs fois expliqué qu’il n’avait « jamais travaillé aussi dur de (sa) vie ». La théorie d’un contrecoup physique apparaît plus que consistante. D’autant qu’on se remet moins bien d’un tel pépin à 29 ans qu’à 21 ans, son âge au moment de sa première rupture ligamentaire au genou droit.

Côté mental, par-delà le stress ou le doute qui accompagne le retour au jeu, une forme de fatigue peut se faire jour. Dupont lui-même n’avait pas caché un grand besoin de « vacances » et d’un « emploi du temps vide », après un Tournoi « long à vivre, toujours sous tension ». Il est donc parti à l’Île Maurice. « La masse de travail fournie pour revenir et l’intensité d’un Tournoi disputé en intégralité laissent forcément des traces, confirmait début avril Clément Poitrenaud, l’entraîneur des arrières toulousains. Antoine va bien, mais il faut gérer au mieux son temps de jeu et son corps pour qu’il soit optimisé pour les matchs qui vont compter. »

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La menace Graou

De la gestion au cordeau donc, mais pas que. Dupont fait aussi face à la concurrence plus dense de son ami Paul Graou, arrivé au club (sur les conseils de Dupont à Mola) en 2022. L’ancien joueur d’Auch et Agen réalise de loin sa meilleure saison et l’écart entre les deux s’est significativement réduit ces derniers mois. « Il faut arrêter de voir Paul comme une doublure » et plutôt « comme le pendant d’Antoine », disait Mola le mois dernier. Tout en rappelant que Dupont « reste, quand même, juste le capitaine de l’équipe de France… » « Ce qui arrive à Antoine, c’est un peu le syndrome Michalak, prolongeait Poitrenaud. Tu as montré tellement de choses incroyables que, dès que tu es un peu moins bon, on te dit médiocre. Tout le monde est très dur avec lui. Je peux le comprendre, c’est lié à son statut et il l’assume. Mais on connaît sa valeur. Ça reste un extraterrestre. » Qui est revenu à des altitudes un peu plus terriennes, avant peut-être de s’envoler à nouveau quand viendra l’heure des phases finales. Là où les grands joueurs se distinguent.