Le psychanalyste Serge Hefez publie une tribune dans Libération, le 1er août 2026, dans laquelle il dénonce la qualification de « monstres » attribuée aux auteurs des trois incendies volontaires qui ont marqué l'été. Il plaide pour une réponse pénale unique, fondée sur les mêmes qualifications juridiques et une évaluation psychiatrique systématique.
Une tribune contre la diabolisation
Dans cette tribune, Serge Hefez s'oppose à la tendance médiatique et politique à faire des pyromanes des créatures hors normes. Il rappelle que ces trois affaires, souvent amalgamées dans les commentaires, relèvent de profils très différents : un animateur en centre de loisirs, un agriculteur en conflit de voisinage et un adolescent attiré par le feu. Pour lui, les traiter comme des monstres revient à les exclure du droit commun et à empêcher toute compréhension des causes.
Le psychanalyste estime que cette diabolisation sert de miroir à une époque angoissée, mais qu'elle ne dit rien des motivations réelles des incendiaires. Il souligne également que la pyromanie pathologique ne concerne qu'une minorité des actes : on estime qu'environ 80 % des incendies de forêt ont une origine humaine, sans qu'il s'agisse pour autant de troubles mentaux.
Trois affaires, une seule grille pénale
Serge Hefez appelle donc à une réponse judiciaire uniforme. Selon lui, les trois dossiers doivent être traités par les mêmes juridictions, avec les mêmes qualifications juridiques, et avec une évaluation psychiatrique systématique de l'auteur. La pyromanie ne doit être ni une excuse ni une circonstance aggravante, mais un élément d'individualisation de la peine.
Cette réponse unique ne signifie pas une peine identique pour tous. Au contraire, elle permettrait de distinguer les incendiaires par vengeance, les délinquants instrumentalisant le feu et les personnes souffrant de troubles psychiques. L'important, écrit-il, est de sortir de l'alternative stérile entre l'acquittement pour irresponsabilité et l'enfermement à perpétuité.
Une peine orientée vers la réparation
Le psychanalyste insiste aussi sur la nécessité de réparer les dégâts, matériels et psychologiques. Les incendies volontaires laissent des traces durables chez les riverains, les pompiers et les témoins. La peine devrait donc inclure des obligations de réparation, de travaux d'intérêt général liés à la protection de la nature, et parfois des soins obligatoires.
Il s'agit, pour Serge Hefez, de sortir d'une logique purement punitive pour inscrire la sanction dans une perspective de responsabilisation. Une tribune qui intervient alors que les incendies de l'été 2026 ont ravivé le débat sur l'arsenal pénal applicable en la matière.
Une réponse attendue par les professionnels
Plusieurs magistrats et associations de protection de l'environnement ont déjà réagi favorablement à cette tribune. Ils y voient une clarification utile avant la publication d'une éventuelle circulaire du ministère de la Justice sur le traitement de ces infractions. En attendant, Serge Hefez invite les juges à ne pas céder à la pression médiatique et à traiter chaque incendiaire comme un sujet de droit, pas comme un monstre.



