Ukraine : un ado raconte son camp militaire nord-coréen
Ukraine : un ado raconte son camp nord-coréen

Misha, 13 ans, originaire de Makiivka dans l'oblast de Donetsk, une région ukrainienne occupée par la Russie, a passé l'été 2025 dans un camp installé au sein d'une station balnéaire nord-coréenne, révèle le quotidien japonais Nihon Keizai Shimbun, cité par Courrier International. Selon les informations recueillies auprès des médias et des écoles des territoires occupés, l'adolescent a passé des tests de sélection pour intégrer un « camp d'amitié entre jeunes nord-coréens et russes », organisé en Corée du Nord en juillet et août 2025.

À son retour, Misha a confié aux médias des territoires ukrainiens occupés s'être « fait plein d'amis russes et nord-coréens ». Durant le séjour, les enfants ont participé à des activités imprégnées de patriotisme : cérémonies de levée des drapeaux, ateliers de cuisine et représentations musicales. L'édition précédente, en 2024, avait affiché une dimension idéologique et militaire encore plus marquée. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrait ainsi un intervenant russe appelant les enfants à « se préparer à l'invasion américaine ». Une rhétorique à laquelle Misha semble adhérer : dans une vidéo publiée en 2023, l'adolescent affirmait que sa ville natale faisait « désormais partie de la Grande Russie ».

Un lavage de cerveau dénoncé par les ONG

Cette pratique est dénoncée par les organisations de défense des droits humains. « On leur lave le cerveau en leur répétant encore et encore que l'Ukraine est l'ennemi et que leurs parents et leurs communautés d'origine ne veulent plus d'eux », explique au média japonais Nathaniel Raymond, responsable du Laboratoire de recherche humanitaire de l'université Yale, qui mène des recherches sur les politiques d'assimilation. Selon le Centre régional des droits humains (CRDH), une ONG ukrainienne, des camps de rééducation sont disséminés partout en Russie, en Biélorussie et dans les territoires ukrainiens occupés. Plus de 7 000 enfants y auraient été envoyés en 2025.

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À ces sites s'ajoute le « Camp international pour enfants de Songdowon », situé à Wonsan, dans l'est de la Corée du Nord. Lors d'une audition devant le Sénat américain en décembre 2025, le CRDH a indiqué que deux enfants originaires de territoires ukrainiens occupés, dont Misha, avaient participé à ce séjour. Plusieurs sources ont par ailleurs confirmé la présence de l'adolescent dans le camp.

Un périple de 9 000 kilomètres à travers l'Eurasie

Les médias des territoires ukrainiens occupés ont également retracé le voyage de Misha, long de 9 000 kilomètres. Depuis Makiivka, sa ville de résidence, l'adolescent a d'abord gagné Vladivostok en avion, avec une escale à Moscou, avant de prendre un vol pour Pyongyang. Un bus l'a ensuite conduit jusqu'au camp de Wonsan. Ce déplacement logistique illustre l'ampleur des circuits organisés pour acheminer ces enfants vers des lieux d'endoctrinement.

La Russie et la Corée du Nord se rapprochent

Le contexte géopolitique explique ce phénomène. À l'occasion de la guerre en Ukraine, la Corée du Nord s'est rapidement rapprochée de la Russie, lui fournissant des armes et envoyant plus de 10 000 soldats nord-coréens sur le front. En juin 2024, après la signature d'un « traité de partenariat stratégique global » entre les deux pays, le Mouvement du Premier, une organisation de jeunesse russe, a annoncé qu'il enverrait des enfants de Russie au camp de Songdowon.

Moscou a également transféré des milliers d'enfants ukrainiens sur son territoire, affirmant agir pour les « protéger ». Selon les autorités ukrainiennes, au moins 20 000 enfants auraient été déplacés depuis le début de l'invasion en 2022, et seuls environ 2 000 d'entre eux auraient depuis retrouvé leur famille. Plusieurs rapports font état de programmes d'assimilation visant ces enfants, incluant des mesures de rééducation idéologique et des procédures d'adoption par des familles russes.

Ces transferts forcés, que Kiev accuse Moscou de mener pour effacer l'identité ukrainienne d'une partie de sa jeunesse, sont qualifiés par certains observateurs de potentielle tentative de génocide. En 2023, la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d'arrêt à l'encontre du président Poutine pour la déportation illégale d'enfants hors des territoires occupés.

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Une réponse internationale limitée

La Russie rejette ces accusations. En décembre 2025, le régime de Vladimir Poutine a annoncé la condamnation de Tomoko Akane, la présidente de la CPI. Le même mois, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution exigeant de la Russie un « retour immédiat, sûr et inconditionnel » des enfants ukrainiens, avec 91 pays pour, dont le Japon et les États-Unis, 12 pays contre, dont la Russie et l'Iran, et 57 abstentions.

Malgré ces condamnations internationales, les déplacements se poursuivent, laissant craindre une perpétuation de ces pratiques à grande échelle. Les témoignages comme celui de Misha mettent en lumière un système d'endoctrinement minutieusement organisé, qui vise à couper ces enfants de leurs racines et à les transformer en instruments de la propagande russe.