UEFA et UE s'opposent fermement au projet Fifa Forward Enterprise
UEFA et UE contre le projet Fifa Forward Enterprise

Au lendemain de l'annonce de son projet d'ouverture aux investisseurs privés via la création d'une société dédiée, la Fifa est sous le feu des critiques politiques et sportives mercredi 29 juillet. L'UEFA et l'Union européenne sont en première ligne pour dénoncer ce qu'elles considèrent comme une menace pour le football mondial.

Une opposition ferme de l'UEFA et de l'UE

L'UEFA, qui regroupe les fédérations européennes, a tenu une réunion d'urgence ce mercredi. Dans un communiqué diffusé dans l'après-midi, elle déclare : "La Fifa ne peut pas continuer à utiliser notre sport pour s'enrichir elle-même et ses amis", évoquant une "opposition grandissante et significative". De son côté, l'UE, par la voix du commissaire européen chargé notamment des Sports, Glenn Micallef, a lancé un avertissement sur X : "Pas touche à notre sport". Il a estimé que "la commercialisation effrénée du football était devenue nocive" et que ce projet "menaçait ce qui fait du football le sport le plus populaire du monde". Micallef a ajouté : "Ces propositions soulèvent d'importantes questions au regard du droit de la concurrence. La Commission européenne examinerait ces propositions avec la plus grande attention."

Le projet Fifa Forward Enterprise en détail

Le projet présenté mardi par la Fifa prévoit la création d'une société, la Fifa Forward Enterprise (FFE), ouverte à des investisseurs extérieurs. Cette société serait chargée de gérer les activités commerciales (diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences) et événementielles (Coupe du monde, Coupe du monde des clubs, etc.) de la Fifa. L'instance promet une manne de 10 milliards de dollars pour financer le développement du football. Selon la Fifa, elle "garderait le contrôle exclusif de la FFE à travers une représentation majoritaire au conseil d'administration", ainsi que "l'autorité exclusive" sur la gouvernance, les compétitions et le calendrier. Ses partenaires pourraient "réaliser des investissements minoritaires, sans pouvoir de contrôle".

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Cependant, comme le souligne le quotidien The Times qui a révélé le projet mardi, si la Fifa conserve bien le pouvoir sur l'organisation du football international, ses décisions auraient une "énorme influence" sur les revenus de la FFE. Par exemple, faire passer la Coupe du monde de 48 à 64 nations ou accélérer la fréquence du tournoi planétaire (qui se tient tous les quatre ans depuis 1930) "gonfleraient inévitablement la valeur financière" de la nouvelle société.

Réactions des fédérations nationales

Le président de la fédération française, Philippe Diallo, a estimé que ce projet "soulève beaucoup d'interrogations" et a dit avoir signifié à Gianni Infantino, le président de la Fifa, la nécessité de "processus de décisions un peu plus transparents". La fédération allemande a dénoncé une "attaque absolue contre le football", ajoutant qu'il y a "un large consensus au sein des fédérations membres (de l'UEFA) à ce propos". Les confédérations nord-américaines (Concacaf) et asiatiques (AFC) ont regretté que ce projet ait été rendu public sans que les 211 fédérations membres de la Fifa aient été consultées.

Les aspects financiers et les critiques

La Fifa assure que la FFE "lèverait 4,2 milliards de dollars" dès cette année, et que "tous ses bénéfices nets seront réinvestis dans le football". Elle promet à ses membres des retombées économiques. D'après The Times, Infantino a envoyé une lettre aux fédérations leur laissant jusqu'au 19 septembre pour se prononcer en faveur du projet, avec l'assurance de pouvoir toucher en échange 20 millions d'euros de financements supplémentaires dès le 1er janvier 2027. "Ça dit tout de ce projet", a commenté l'UEFA mercredi.

Pour concrétiser la création de cette société commerciale, soumise à validation par le Conseil de la Fifa, la Fifa travaille avec la banque d'affaires J.P. Morgan et le fonds d'investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump. Toujours d'après The Times, Infantino, qui affiche régulièrement sa proximité avec le président américain, pourrait à terme devenir directeur général de la FFE, avec à la clé des revenus personnels qui pourraient être décuplés.

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Un bras de fer historique entre la Fifa et l'UEFA

Ce projet de société commerciale s'inscrit dans la lignée de la volonté d'Infantino de "libérer le potentiel commercial" de la Fifa. Antoine Duval, chercheur en droit international du sport à La Haye, s'interroge sur X : "D'un point de vue financier, le diable sera dans les détails. Quels seront les droits des investisseurs ? Comment leur investissement sera sécurisé ? Quelle part des revenus futurs leur reviendra ? Il est probable qu'un gain à court terme cachera des pertes à long terme pour la Fifa."

Régulièrement critique de la Fifa, l'UEFA s'est déjà opposée à plusieurs reprises à l'instance mondiale du football. Lors du Mondial-2026, elle s'est insurgée contre la levée de la suspension de l'attaquant américain Folarin Balogun, sur fond d'intervention de Trump auprès d'Infantino, estimant qu'une "ligne rouge" avait été franchie. Le nouveau projet d'Infantino, pour l'heure seul candidat à sa réélection en mars 2027, pourrait ouvrir un nouvel acte de son bras de fer avec l'UEFA et son président Aleksander Ceferin.