Christian Estrosi, ancien maire de Nice, sort du silence dans les colonnes de Nice-Matin pour répondre aux accusations qui s'accumulent contre lui. Il réfute tous les soupçons d'irrégularités lors de ses 18 ans de mandat et voit dans les procédures en cours l'ombre de son successeur, Éric Ciotti. Il demande solennellement à ce dernier de rendre public l'audit sur les finances de la mairie, financé par l'argent des contribuables, qu'il avait promis de publier en juillet.
Une réponse aux attaques répétées de son successeur
Interrogé sur les raisons de sa prise de parole, Christian Estrosi explique : « J'ai été très respectueux de la démocratie le soir du 22 mars. J'avais dit que je n'entendais plus me mêler de la vie politique locale. Je m'exprime aujourd'hui pour répondre aux attaques répétées de mon successeur et de ses relais. » Il déplore que la tradition républicaine, qui veut que les vainqueurs soient respectueux de leurs prédécesseurs, n'ait pas été suivie : « Sur les trois dernières années, M. Ciotti n'a eu de cesse de diffuser de fausses informations sur la gestion de la ville, sur les projets d'investissement, voire contre moi-même. »
L'ancien maire s'interroge sur les motivations de son successeur : « C'est de la haine ? de la jalousie ? » Il rappelle que M. Ciotti a annoncé le lancement d'un audit sur les finances de la mairie, promettant de le rendre public en juillet. « Je demande donc solennellement à M. Ciotti de rendre public cet audit financé par l'argent des contribuables puisqu'il en dispose », insiste-t-il.
Les notes de frais : une allocation forfaitaire votée en toute transparence
Au sujet des 312 000 euros de notes de frais sur dix ans, Christian Estrosi affirme n'avoir jamais refusé de fournir les justificatifs, mais seulement de les donner à un adversaire politique. Il précise qu'il s'agit d'une « allocation forfaitaire de représentation », votée chaque année en toute transparence par le Conseil de Métropole. « Il y a des autorités compétentes pour la réclamer, mais pas le maire », ajoute-t-il, rappelant que la Chambre régionale des Comptes et l'Agence française anticorruption n'ont rien trouvé à redire.
« 312 000 euros divisés par dix, c'est assez faible pour défendre Nice et accueillir de grands événements, sachant que je ne touchais pas d'indemnité comme président de la Métropole », se défend-il. Il assure avoir remis l'ensemble des justificatifs à un commissaire de justice fin juin, début juillet, qui a fourni au procureur une attestation confirmant qu'il disposait des pièces. « La justice a tout entre les mains », conclut-il.
Des signalements téléguidés et une procédure bâillon
Christian Estrosi dénonce des « signalements téléguidés » et une « procédure bâillon » visant à faire un coup médiatique. « Chaque fois qu'il y a un article 40, la justice ne veut pas se laisser instrumentaliser : elle ouvre une enquête préliminaire, ce qui ne veut dire ni poursuites, ni condamnation », explique-t-il. Il note que les alertes qui le concernent présentent souvent les mêmes caractéristiques : anonymes, transmises à la presse presque en même temps qu'à la justice, et surgissant à l'approche d'une échéance ou d'un procès.
« Est-ce une coïncidence ? Peut-être. Est-ce une méthode ? Je ne l'affirme pas. Je relève simplement qu'une alerte qui commence par désigner un homme avant même d'établir les faits ressemble davantage à une accusation qu'à une révélation », souligne-t-il. Il ajoute que l'anonymat, légitimement prévu pour protéger, peut aussi servir à dissimuler. Il se dit « serein et à la disposition du procureur », auprès de qui son avocat a demandé une audition très rapide.
Le festin Nissart : des bénévoles et aucune mobilisation de moyens publics
Concernant la plainte déposée après l'organisation du festin Nissart, Christian Estrosi garantit qu'aucun moyen de la métropole ou de la mairie n'a été mobilisé. « L'association des amis du maire organise ma rentrée politique depuis 18 ans avec des bénévoles. Je connais leur intégrité. Je leur fais toute confiance, je suis convaincu qu'ils n'ont jamais fait appel à des moyens publics », assure-t-il. Il précise que les bénévoles ont fourni au printemps dernier l'ensemble des factures justifiant la prise en charge de toutes les dépenses par l'association.
Il souligne sa vigilance sur le règlement des repas : « Le règlement du moindre repas par les participants était scruté pour être sûr qu'il s'agissait bien d'une personne physique et pas morale, ce qui est interdit par la loi. » Il s'interroge sur l'origine du signalement : « On peut se demander qui, six mois avant les élections, a pu faire cela. »
Chauffeurs, Grand Prix, Eurovision : des usages réglementés et bénévoles
Sur l'affaire des chauffeurs, Christian Estrosi certifie que tous ses déplacements en voiture de fonction se faisaient dans un cadre professionnel. « Mes déplacements avec les deux chauffeurs et la voiture officielle ont toujours été au service de la collectivité », affirme-t-il, citant la jurisprudence selon laquelle un détour personnel quand on travaille 15 heures par jour ne constitue pas un usage à des fins personnelles de grande ampleur. « En 18 ans, je ne l'ai jamais utilisée à d'autres fins », ajoute-t-il, se disant « très à l'aise » sur l'usage fait de ces moyens.
Concernant les frais autour du Grand Prix de France, il se dit fier d'avoir fait revenir la Formule 1 en France et rappelle que le rapport de la Chambre régionale des Comptes ne reproche rien à aucun administrateur représentant une collectivité. « Les attaques sont uniquement politiques », estime-t-il, précisant que sa fonction était totalement bénévole et qu'il n'a jamais participé au Business Club. Il souligne que la porte-parole de M. Ciotti a été condamnée pour diffamation à son encontre, « la seule condamnation dans ce dossier ».
Sur l'Eurovision et le Nice Climate Summit, où son épouse intervenait, il explique que son rôle était d'attirer des événements prestigieux pour l'économie niçoise. Il précise que son épouse est en CDI depuis 25 ans et a fait une courte présentation non rémunérée sur internet. Il dénonce un signalement de trois opposants parce qu'il n'est pas sorti de la salle au moment du vote, et a déposé une plainte en dénonciation calomnieuse contre eux.
Le MAMAC sauvegardé et un escalier hors de propos
Christian Estrosi réfute l'idée qu'il aurait voulu raser le MAMAC. « Il est faux de dire qu'on voulait le raser. J'ai demandé la démolition du théâtre et de l'ancien centre de congrès, avec l'accord de l'Architecte des Bâtiments de France, pour prolonger la coulée verte », explique-t-il. Il affirme avoir voulu sauver le MAMAC et ses œuvres face aux problèmes d'humidité et d'amiante, engageant sa rénovation, sa consolidation et son agrandissement. « Vous pensez vraiment que j'aurais engagé la rénovation du parking et de la bibliothèque Nucera qui sont les fondations du musée si j'avais voulu le raser ? »
Enfin, sur l'affaire de la rénovation d'un escalier de la mairie, jugé hors de prix par l'actuel adjoint aux finances (300 000 euros selon lui, 82 000 euros selon l'ancien premier adjoint), Christian Estrosi affirme n'avoir jamais été consulté ni avoir rien demandé. « Pensez-vous qu'un maire se mêle des travaux d'entretien du patrimoine communal ? », demande-t-il. Il rappelle qu'à son arrivée en 2008, son prédécesseur avait déposé un permis pour une nouvelle mairie à 150 millions d'euros, alors qu'il a préféré entretenir le patrimoine. « Monter cette histoire de toutes pièces, c'est de la malveillance et de la haine », conclut-il.



