La flambée des prix des carburants, qui a vu le diesel bondir de 40 % et le sans-plomb 95 de 22 % entre septembre 2025 et septembre 2026, a relancé l'idée que l'État profiterait de la situation. Pourtant, selon les données du site spécialisé Roole Data et les calculs d'experts, la réalité est plus nuancée : si les recettes de TVA augmentent mécaniquement, la baisse de la consommation entraîne une perte sèche pour les finances publiques.
Une hausse des prix qui profite mécaniquement à la TVA
Les recettes de TVA ont effectivement augmenté. C'est un effet mécanique : le produit de la taxe sur la valeur ajoutée de 20 % est plus élevé quand le litre de carburant est à 2,50 euros que lorsqu'il était un euro moins cher l'hiver dernier. Philippe Charlez, expert en questions énergétiques associé au Think Tank Le Millénaire et ancien de chez TotalEnergies, explique : « Les causes principales de l'augmentation des prix des carburants, ce ne sont pas les taxes. Elles restent élevées mais elles ne jouent que sur 15 % du prix, du fait de l'augmentation mécanique de la TVA. »
Pour un litre de diesel à 2,40 euros, la hausse de 75 centimes se répartit ainsi : « 24 centimes de plus du prix du baril, 41 centimes pour le raffinage et 12 centimes pour la hausse des taxes ». Le reste des taxes et les marges des distributeurs, déjà faibles, n'ont pas bougé. Ce mardi, l'État a d'ailleurs promis que les éventuels gains liés à la TVA devraient être restitués aux Français.
La baisse de la consommation réduit les recettes fiscales
Sauf que cette hausse des prix s'accompagne d'une baisse de la consommation, et donc d'une baisse des rentrées fiscales pour l'État, qui perçoit aussi le produit de l'accise sur les produits énergétiques (anciennement appelée TICPE). Celle-ci, qui est de 60 centimes par litre de gazole et 69 centimes pour l'essence, ne varie pas. Si la consommation baisse, la TICPE aussi.
D'après le gouvernement, la balance des gains et des pertes de recettes fiscales est actuellement de -407 millions d'euros par rapport à l'année 2025. Pas vraiment en sa faveur. François Bloch, consultant spécialisé, renchérit : « C'est l'excitation du moment. Mais tous les pays d'Europe sont écrasés par les prix de l'énergie. L'État français ne s'enrichit pas dessus. » Interrogé sur la promesse de chèques pour les gros rouleurs, il répond : « Non, car on continue de cramer le budget. »
Les raffineurs, grands gagnants de la crise
Dans un contexte de crise, ce sont donc bien les raffineurs qui ont le plus profité de cette flambée. Alors que l'or noir se fait plus rare, leurs marges ont explosé, tout comme leurs comptes bancaires. Le patron de la grande distribution Michel-Édouard Leclerc les a d'ailleurs ouvertement critiqués, les accusant d'être des « profiteurs de la situation ». Leur marge brute a flambé, multipliée par cinq ces derniers mois.
Si les coûts de raffinage ont également augmenté, l'opération reste largement profitable pour TotalEnergies, Shell ou BP. « Ils sont les heureux bénéficiaires d'une situation qu'ils n'ont pas choisie », défend l'expert Philippe Charlez. Selon lui, les responsables sont ailleurs : « Ceux à qui on peut en vouloir, c'est à Trump, à Netanyahou et aux Iraniens. A Poutine aussi. Ce sont eux qui ont fait gonfler les prix par leurs choix. Le reste, ce n'est qu'une mécanique de marché. »
Quelle évolution pour les mois à venir ?
Compte tenu de l'état du conflit avec l'Iran, des faibles capacités de production et des difficultés de transport liées au blocage du détroit d'Ormuz, il est peu probable que le prix du gazole et de l'essence baisse à court terme. « La situation est encore plus bloquée qu'en mars et avril. Les attaques des Houthis sur l'oléoduc Est Ouest ont encore abaissé les capacités d'exportation. Nous sommes sur un déficit de l'ordre de 15 millions de barils par jour », assure l'expert Philippe Charlez. La France, du fait de sa désindustrialisation, a perdu une grande partie de ses capacités de raffinage et ne compte plus que six raffineries en métropole, ce qui la rend particulièrement vulnérable à cette crise.



