Othman Garrido condamné à 30 ans de réclusion pour meurtres en Syrie
Othman Garrido condamné à 30 ans de réclusion criminelle

L'ex-jihadiste français Othman Garrido, 32 ans, originaire de Montpellier, a été condamné mardi 22 septembre au soir à 30 ans de réclusion criminelle avec une peine de sûreté des deux tiers par la cour d'assises spéciale de Paris. Il était jugé pour son rôle présumé de bourreau au sein de l'organisation État islamique (EI) en Syrie. La cour l'a acquitté du chef d'assassinat mais l'a reconnu coupable de meurtres en bande organisée pour sa participation à une double exécution publique en septembre 2015 à al-Qaryatayn, ainsi que d'association de malfaiteurs terroriste.

Une accusation basée sur une photo non identifiée

L'accusation d'assassinat reposait sur une photographie de mauvaise qualité, ni datée ni géolocalisée, montrant un homme au visage partiellement masqué posant avec une tête décapitée à ses pieds, le cadavre d'une victime inconnue en arrière-plan. Ce cliché avait été retrouvé dans un téléphone portable qui aurait appartenu à l'épouse d'Othman Garrido, découvert par les Américains en Syrie après la défaite de l'EI en 2019 face à la coalition internationale. Les experts n'ont jamais formellement identifié l'homme sur la photo comme étant Garrido, mais l'accusation s'appuyait sur les vêtements, la posture et la silhouette pour conclure qu'il s'agissait bien de lui.

En revanche, la cour a estimé que sa présence lors de la double exécution de deux Iraniens en septembre 2015 à al-Qaryatayn était irréfutable, grâce aux photos retrouvées dans le même téléphone. On y voit Garrido dans le pick-up transportant les condamnés, puis les mains sur les épaules des deux bourreaux, Oumar Diaw et Yacine Rettoun, deux jihadistes français connus, morts depuis. Tous posent en souriant devant les deux cadavres décapités.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un parcours décrit comme « né radicalisé »

Le procès, ouvert le 14 septembre, a mis en lumière une figure singulière parmi les quelque 1 500 jihadistes français partis rejoindre l'État islamique dans la décennie 2010. Othman Garrido s'est lui-même décrit comme « né radicalisé » dans une famille ultra-religieuse sous l'autorité d'un père converti. L'avocat général a reconnu dans son réquisitoire la puissance de la figure paternelle, décrivant la famille Garrido – trois frères et deux sœurs – comme une famille « sous cloche, renfermée sur elle-même et radicalisée ». Il a ajouté : « C'est une famille de combat islamiste. C'est une famille où les enfants ne dessinent pas les visages, où on achète une télé pour la caillasser. »

Après une enfance entre la France et le Maroc, dont est originaire sa mère, Garrido a été scolarisé seulement quelques années à l'adolescence, puis a travaillé avec son père sur le marché de La Paillade à Montpellier, alors réputé comme un haut lieu du salafisme. Parmi « la clique » de son père, selon ses propres termes, il a trouvé une autre figure paternelle, Ahmed al-Mezgaldi, qui l'aurait poussé vers le projet syrien. L'accusation a toutefois insisté sur l'émancipation des frères, notamment l'aîné Oubey et Othman, partis en « pionniers » en Syrie avant d'être rejoints par toute la famille. « Ils avaient le choix de sortir de cet embrigadement, pas facile, mais ils l'avaient », a estimé l'avocat général.

La défense a contesté cette analyse, rappelant que les experts avaient mis en évidence des « mécanismes sectaires » dans le fonctionnement de la famille Garrido, rendant impossible pour l'accusé, âgé de 18 ans en 2012, de s'extraire de son milieu. Me Antoine Ory, avocat de l'accusé, s'est félicité auprès de l'AFP : « La cour a tenu compte de son parcours en détention et l'a logiquement acquitté du chef d'assassinat. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un parcours en détention jugé « suspect » par l'accusation

Au cours du procès, Othman Garrido a décrit un parcours étonnant en détention – études, suivi psychologique, distanciation affichée avec l'idéologie jihadiste – reconnu par les experts mais jugé « suspect » et presque trop parfait par l'accusation. Mardi matin, Me Louise el-Yafi, avocate de l'association française des victimes de terrorisme (AFVT), partie civile, avait résumé la difficulté à cerner l'accusé : « Ni jihadiste convaincu, ni repenti parfait. Qu'est-ce qu'on fait de toute cette complexité ? » Elle avait ajouté, s'adressant à l'accusé : « Est-ce qu'il dissimule, est-ce qu'il est sincère ? La vérité, c'est que je n'en sais rien, et je ne sais même pas si vous-même, à ce stade de votre vie, en êtes tout à fait sûr. »

L'avocat général avait réclamé la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. La cour a finalement écarté cette peine maximale, tenant compte du parcours de l'accusé et de sa distanciation en détention. Othman Garrido, parti en Syrie dès 2012, a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle avec une peine de sûreté des deux tiers, soit une période de sûreté de 20 ans. Il devra également répondre de son association de malfaiteurs terroriste, chef pour lequel il a été reconnu coupable. La décision de la cour marque la fin d'un procès qui aura duré plus d'une semaine et aura permis d'examiner en détail le parcours d'un homme décrit comme « né radicalisé » au sein d'une famille entièrement tournée vers le jihadisme.