Levée de boucliers contre la Fifa : l'UE et l'UEFA s'opposent aux investissements privés
Levée de boucliers contre la Fifa : UE et UEFA s'opposent

La Fifa est sous le feu des critiques politiques et sportives mercredi, au lendemain de l'annonce de son projet d'ouvrir la porte aux investisseurs privés via la création d'une société attenante. L'Union européenne et l'UEFA mènent la fronde, dénonçant une menace pour le football.

L'UE intime à la Fifa de renoncer

« Pas touche à notre sport », a intimé l'UE à la Fifa mercredi par la voix du commissaire européen Glenn Micallef. Sur X, il a estimé que « la commercialisation effrénée du football était devenue nocive » et que ce projet « menaçait ce qui fait du football le sport le plus populaire du monde ». Micallef a ajouté que « ces propositions soulèvent d'importantes questions au regard du droit de la concurrence », précisant que « la Commission européenne examinerait ces propositions avec la plus grande attention ».

L'UEFA parle d'une ligne rouge

L'UEFA, confédération des fédérations européennes, a vu dès mardi dans ce projet « une ligne que les institutions gouvernant le football ne devraient jamais franchir ». Selon plusieurs médias, l'UEFA doit tenir cette semaine une réunion d'urgence avec ses associations membres. Le président de la Fédération française Philippe Diallo a évoqué des échanges dès mercredi avec les principales fédérations européennes et le président de l'UEFA Aleksander Ceferin. Diallo estime que ce projet « soulève beaucoup d'interrogations » et a dit avoir signifié au président de la Fifa Gianni Infantino la nécessité de « processus de décisions un peu plus transparents ».

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Les fédérations nationales montent au créneau

La Fédération anglaise s'est dite « profondément préoccupée » par le processus de gouvernance défaillant de la Fifa. La fédération allemande y voit une « attaque absolue contre le football », ajoutant qu'il y a « un large consensus au sein des fédérations membres (de l'UEFA) à ce propos ». Les confédérations nord-américaines (Concacaf) et asiatiques (AFC) ont regretté que ce projet ait été rendu public avant même que ses fédérations membres aient été consultées.

Le projet FFE en détails

Mardi, la Fifa a annoncé vouloir créer la Fifa Forward Enterprise (FFE) pour gérer ses activités commerciales et attirer des investisseurs extérieurs, promettant une manne de 10 milliards de dollars pour financer le développement du football. La FFE « lèverait 4,2 milliards de dollars » dès cette année, et « tous ses bénéfices nets seront réinvestis dans le football », assure la Fifa, qui promet à ses membres des retombées économiques via le Fifa Fast Forward Programme (FFFP). La Fifa précise qu'elle « garderait le contrôle exclusif de la FFE à travers une représentation majoritaire au conseil d'administration » ainsi que « l'autorité exclusive » sur la gouvernance du football.

Des acteurs financiers controversés

Pour réaliser ce projet, qui doit encore être validé par le Conseil de la Fifa, l'instance travaille avec la banque d'affaires J.P. Morgan et le fonds d'investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, frère de Jared, gendre de Donald Trump. D'après le journal britannique The Times, Infantino, qui a régulièrement affiché sa proximité avec le président américain, pourrait à terme devenir directeur général de la FFE, avec à la clé des revenus personnels qui pourraient être décuplés.

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Un bras de fer persistant entre Fifa et UEFA

Ce projet s'inscrit dans la lignée de la volonté d'Infantino de « libérer le potentiel commercial » de la Fifa, lui qui envisage une nouvelle hausse du nombre de participants à la Coupe du monde de 48 à 64 équipes. L'UEFA y voit l'ajout de matches « sans intérêt ». Le bras de fer s'est intensifié lors du Mondial-2026 : l'UEFA a annoncé que l'arbitre somalien Omar Artan, refoulé des États-Unis, serait au sifflet de la Supercoupe d'Europe le 12 août entre le Paris SG et Aston Villa. Elle s'est également insurgée contre la levée de la suspension de l'attaquant américain Folarin Balogun, sur fond d'intervention de Trump auprès d'Infantino, estimant qu'une « ligne rouge » avait été franchie. Le président de l'UEFA Aleksander Ceferin n'a pas assisté à la finale de la Coupe du monde, un boycott lié à l'affaire Balogun selon The Times. Ce nouvel acte de tension survient avant l'élection à la présidence en mars 2027, où Infantino est pour l'instant le seul candidat déclaré.