Seulement 25 % de réussite et un risque énorme d'échec : plus de 700 spécialistes de l'infertilité se réunissent à Montpellier du 23 au 25 septembre pour les Journées nationales de la Fédération française d'étude de la reproduction (FFER). Un couple sur six a désormais des difficultés à avoir un enfant, et le congrès aborde des problématiques tant médicales que sociétales : chute de la natalité, fécondité en berne, nouvelles parentalités.
Un congrès national pour faire face à la baisse de la fécondité
Le Dr Nicolas Chevalier, gynécologue à la clinique Saint-Roch de Montpellier et coorganisateur de la manifestation, constate : « Un couple sur six consulte parce qu'il a du mal à avoir un enfant. » Les causes sont multiples : « Grossesses tardives, facteurs environnementaux… », dans un contexte général de « baisse du désir d'enfant » chez les jeunes qui n'en font plus une « priorité » et ne se représentent pas « la famille comme un immédiat projet de vie ». Plus tard, ce sera « plus difficile ».
Pourtant, près de 30 000 enfants sont conçus chaque année grâce aux techniques de procréation médicale assistée, soit 4 % des nouveau-nés. Le médecin rappelle : « On reste sur un taux de succès de 25 % », trois tentatives sur quatre sont encore vouées à l'échec, malgré « les progrès techniques », « la préservation de fertilité », ou encore « l'arrivée de l'intelligence artificielle » qui ouvre la perspective de nouvelles pratiques.
L'infertilité masculine, un facteur clé souvent négligé
L'infertilité masculine n'est pas moins en cause que l'infertilité féminine : « Les spermatozoïdes sont très sensibles aux facteurs environnementaux, plus que les ovaires. C'est un facteur d'échec des grossesses et de fausses couches, mais aussi d'impact sur l'enfant à naître », explique le Dr Chevalier. De même, un père fumeur aura plus de risques d'avoir un bébé avec un trouble du développement, un père âgé, plus de risque d'avoir un enfant autiste, ou atteint d'un trouble du neurodéveloppement.
Elodie, une Héraultaise de 43 ans, raconte ses six ans de galères avant l'arrivée d'un bébé. « Je n'imaginais pas que ce serait aussi difficile, je n'avais pas connaissance de tout ça, et je ne m'étais pas vraiment inquiétée », confie-t-elle à l'heure de la sieste matinale d'Ambre, cinq mois et demi. « Un miracle », insiste la maman, confrontée pendant six longues années à une « infertilité inexpliquée ». Son mari a deux enfants, et elle-même a déjà été enceinte mais n'avait pas pu garder le bébé.
Un parcours semé d'embûches pour Elodie
Deux ans à essayer d'avoir un enfant naturellement, puis six années d'un parcours de PMA long et douloureux : « Des montagnes russes » et parfois, « la sensation d'être au bord d'un précipice ». Au bout, après une dernière tentative de fécondation in vitro, Elodie est devenue maman. « La dernière tentative, je n'y croyais plus vraiment. On venait de se marier, et mon mari est persuadé que c'est ça qui a débloqué la situation », explique la jeune femme, qui a tellement entendu que le problème était « dans la tête » et qu'il « fallait arrêter d'y penser », puisqu'aucune cause avérée d'infertilité n'a été détectée.
Il restait à tenter sa chance en Espagne… « Le premier médecin que j'ai vu m'a dit que j'avais une chance sur dix, on attendait la dixième », rapporte l'Héraultaise. Elle « ne compte plus » les examens, interventions chirurgicales, piqûres de ces dernières années. Mais c'est la souffrance morale qui a été la plus douloureuse : « On se demande pourquoi c'est nous, pourquoi ça ne marche pas… On m'a beaucoup dit que c'était l'âge, mais on ne saura jamais. Ce bébé, c'est mon miracle et c'est notre victoire ». Elodie voulait appeler sa fille Victoire, mais c'est finalement Ambre.
Un débat grand public sur la famille de demain
Si la manifestation est réservée aux professionnels, une conférence grand public est organisée le 25 septembre au Corum de Montpellier sur le thème « Bébés d'ici, lois d'ailleurs : GPA, éthique… où va la famille de demain ? », de 15 h à 17 h. L'entrée est libre mais il faut s'inscrire sur le site de la FFER.
Au final, « on reste sur des parcours longs, avec un gros risque d'échec, le découragement est la première cause d'abandon, avant d'arriver au bout des quatre tentatives » de fécondation in vitro remboursées par la Sécurité sociale. La dernière révision de la loi de bioéthique, en 2021, a élargi la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires, ouvert l'accès aux origines (connaissance de l'identité du donneur de gamètes), et la possibilité de conserver ses ovocytes ou ses spermatozoïdes sans raison médicale. Rien d'autre ne changera dans l'immédiat, alors qu'il est prévu, en théorie, une révision tous les cinq ans. Des discussions ont d'ailleurs été engagées en ce sens, lors des États généraux de la bioéthique, organisés de janvier à mai 2026.
La GPA, sujet tabou, et d'autres questions en suspens
La « recherche sur l'embryon » n'est pas à l'ordre du jour en France, la Fondation Jérôme Lejeune a obtenu encore récemment, en novembre dernier, une autorisation de recherche délivrée par l'Agence de biomédecine. Pas plus le DPI (dépistage préimplantatoire) sur des anomalies chromosomiques, trisomies 21, 18, 13, « autorisés aux États-Unis et chez la majorité de nos voisins européens », explique le Dr Chevalier. « Le législateur n'a pas souhaité que ce soit possible. On n'aurait pas plus de succès, mais on éviterait des souffrances aux femmes », qu'il s'agisse d'interruptions médicales de grossesses ou des fausses couches à répétition.
D'autres sujets sont aussi en suspens : transferts d'embryon post-mortem, ROPA pour les couples de femmes (maternité partagée : une femme fournit les ovocytes, l'autre porte l'enfant, elles sont toutes les deux reconnues mères sans avoir besoin de passer par une adoption). Au futur(e) président(e) de la République d'en faire, ou non, une priorité. Quant à la GPA (gestation pour autrui), le sujet reste tabou en France, mais le monde associatif s'en empare.
Coach en fertilité : attention, danger
Faut-il croire les conseils qui circulent sur les réseaux sociaux quand l'enfant ne vient pas ? Le Dr Chevalier alerte : « De plus en plus de coachs en fertilité ciblent des couples en détresse, sans bases scientifiques. Coach en fertilité, ça ne veut rien dire, des personnes profitent de la détresse de ceux qui ne parviennent pas à concevoir un enfant ». On est souvent loin de l'accompagnement proposé dans les centres d'aide médicale à la procréation, insiste le médecin. De même, il met en garde contre les « boosters » de fertilité, « qui ne boostent rien » et vident le compte en banque. « Ils sont même parfois délétères car ils perturbent le cycle hormonal ou la production de spermatozoïdes ».



