Gianni Infantino, le président de la Fédération internationale de football association (FIFA), propose d'attirer des investisseurs privés au sein de l'instance dirigeante du football mondial. Ce projet, dévoilé récemment, suscite de vives réactions, notamment de la part de Philippe Diallo, président de la Fédération française de football (FFF).
Un projet aux contours flous
Selon plusieurs sources proches du dossier, Infantino envisage de créer une filiale commerciale de la FIFA qui serait ouverte à des fonds d'investissement. L'objectif affiché serait de générer des revenus supplémentaires pour financer le développement du football à travers le monde. Cependant, les modalités précises de cette opération restent encore inconnues, ce qui alimente les spéculations.
Philippe Diallo, interrogé par nos confrères de Libération, a exprimé ses réserves : « Ce projet d'ouverture du capital à des investisseurs privés soulève beaucoup d'interrogations. Il est essentiel de préserver l'indépendance et la transparence de la FIFA, et de ne pas laisser des intérêts privés dicter la conduite du football mondial. »
Des précédents inquiétants
Les critiques de Diallo s'appuient sur des précédents dans le sport international. La Fédération internationale d'athlétisme (World Athletics) a récemment autorisé l'entrée de fonds privés, une décision qui a été suivie de controverses sur la gouvernance. De même, certains clubs de football européens, en recourant à des fonds d'investissement, ont vu leur indépendance compromise.
« Le football ne peut pas être traité comme une simple marchandise », a ajouté Diallo. « Il doit rester un vecteur de valeurs éducatives et sociales. L'intrusion d'investisseurs privés pourrait dénaturer cet esprit. »
Un contexte de réformes nécessaires
La FIFA est engagée depuis plusieurs années dans un processus de réformes visant à restaurer sa crédibilité après les scandales de corruption qui ont éclaté en 2015. Le plan d'Infantino intervient alors que l'instance cherche à diversifier ses sources de financement, notamment pour soutenir les fédérations nationales les plus modestes. Selon des données officielles, la FIFA a généré environ 7,5 milliards de dollars de revenus lors du cycle 2019-2022, principalement grâce aux droits télévisés et au sponsoring de la Coupe du monde. L'arrivée d'investisseurs privés pourrait permettre d'augmenter ces montants, mais au prix d'une perte de contrôle.
Plusieurs fédérations nationales, notamment en Europe, s'inquiètent de cette évolution. Certaines craignent que les investisseurs ne cherchent à imposer des compétitions plus lucratives, au détriment des championnats nationaux et des équipes nationales.
Une opposition qui se structure
L'opposition au projet d'Infantino ne se limite pas à la France. Des représentants de fédérations africaines et sud-américaines ont également exprimé leurs doutes. L'UEFA, de son côté, a adopté une position prudente, rappelant la nécessité de respecter les principes de bonne gouvernance.
Diallo a conclu : « Il ne s'agit pas de s'opposer systématiquement à toute innovation financière, mais de veiller à ce que les décisions soient prises dans l'intérêt du football et de ses acteurs, pas dans celui de quelques investisseurs. »
Le débat est désormais lancé, et la question de l'ouverture du capital de la FIFA promet d'être au cœur des discussions lors des prochains congrès de l'instance.



