Alors que la mobilisation lycéenne se poursuit depuis plusieurs jours, les élèves expriment leur scepticisme face à la proposition du gouvernement d'organiser cette semaine un « temps d'échange » avec les enseignants dans les établissements. À Strasbourg, Lyon ou Paris, des lycéens se disaient déterminés ce mercredi 7 octobre 2026 à continuer la lutte, estimant que ce dispositif ne répond pas à leurs attentes.
Une heure de discussion jugée insuffisante
Adèle, 17 ans, élève de terminale au lycée Marie-Curie de Strasbourg, résume le sentiment général : « On est censés avoir une heure d'échange avec nos profs et ensuite les cours normaux reprennent. Mais une heure de discussion, au vu de tout ce qui s'est passé depuis une semaine, c'est vraiment très peu ». Dans cet établissement proche du centre-ville, où des incidents, des dégradations et des heurts avec la police ont eu lieu lors d'une journée de manifestation la semaine dernière, seuls les terminales devaient officiellement reprendre les cours en présentiel ce mercredi, avant les élèves de seconde et de première dans les jours à venir.
La « banalisation » des cours, afin d'organiser un « temps de démocratie interne au sein du lycée », comme l'a réclamé mardi le Premier ministre Sébastien Lecornu, « je ne pense pas que ça serve à grand-chose », souligne Adèle. Et ce, « même si on est contents de parler avec nos profs », lesquels sont « solidaires » du mouvement lycéen. Constatant « qu'aucune de nos revendications n'a été satisfaite », la jeune fille a prévu de continuer à manifester devant son établissement.
La poursuite du blocus à Lyon et Paris
Tout comme Antoine, 16 ans, élève de première qui s'est levé tôt pour venir devant le lycée, alors même qu'il n'est pas concerné par la reprise des cours. « On nous dit qu'on retourne en cours demain, mais on va pas y aller, on va bloquer », assure-t-il. À Lyon, Anna, en terminale au lycée Ampère-Diderot, dont l'entrée est bloquée par des poubelles et des barrières métalliques enchevêtrées, en présence de 200 à 300 élèves déterminés à maintenir le blocus, analyse : « Si on s'arrête maintenant, le gouvernement va penser que la répression policière, ça a marché pour faire taire les lycéens ».
Dans un contexte où « on n'a rien obtenu encore », organiser un « dialogue républicain » dans les lycées, « c'est juste une manière d'essayer d'étouffer le mouvement », abonde sa camarade Eléonore, en terminale également. Le dialogue « peut être intéressant, mais seulement si cela amène des mesures concrètes », estime également Inès, rencontrée par l'AFP devant le lycée Condorcet à Paris, où une petite centaine d'élèves se sont rassemblés, certains juchés sur des poubelles bloquant l'entrée du bâtiment.
Des revendications plus larges et un dispositif critiqué
Il ne faut « surtout pas lâcher le mouvement » car les lycéens ont des « revendications bien plus larges », comme « l'abrogation de Parcoursup », « le soutien aux lycées de banlieue, de campagne et d'outre-mer », énumère Tom. Pour le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray, le temps d'échange proposé doit servir aux élèves à « objectiver leurs revendications à l'échelle de leur établissement », dans un « espace propre, organisé, démocratique ». Le dispositif est cependant jugé « irrespectueux » par les proviseurs, qui déplorent une « cacophonie complète », alors même qu'il leur revient, selon le ministre, d'en définir les modalités.
Les enseignants ne cachent pas non plus leur scepticisme. « Je ne crois pas du tout à l'hypothèse de la reprise des cours, les lycéens ne sont pas prêts à ça, et les profs non plus. Il faut que les revendications soient entendues », dit à l'AFP un professeur de Marie-Curie à Strasbourg, souhaitant rester anonyme. Quant au « temps de démocratie interne », cela peut « paraître une bonne idée », mais « il ne faut pas tomber dans le piège du blabla infini », met-il en garde. Le gouvernement « renvoie la balle » aux enseignants, déplore de son côté Gabrielle (prénom modifié), prof d'espagnol dans un lycée de Saint-Saint-Denis, qui affiche son « ras-le-bol ». « On a demandé aux professeurs principaux de prendre leurs élèves pour leur parler. Mais, de quoi voulez-vous que je parle ? “Le prof n'est pas remplacé ? je sais. Y a pas assez de chaises ? Je sais…” Mais vraiment, le gouvernement s'attend à quoi ? », enrage la trentenaire.