Trouble bipolaire : mythes et réalités avec le Pr Emilie Olié
Trouble bipolaire : symptômes, phases et idées reçues

Une maladie aux multiples facettes

Le Pr Emilie Olié, psychiatre spécialisée dans les troubles de l’humeur et les conduites suicidaires, décortique les mécanismes du trouble bipolaire. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas d’une « montagne russe » émotionnelle permanente. « Il y a une représentation générale d’une courbe comme des montagnes russes en permanence, ce qui est parfaitement faux dans le trouble bipolaire », affirme-t-elle.

Un trouble aux origines complexes

Le trouble bipolaire est qualifié de « trouble » car sa physiopathologie n’est pas parfaitement connue. Il associe symptômes, syndromes et manifestations diagnostiques. « On sait parfaitement que toute maladie ou tout trouble psychiatrique – et le trouble bipolaire en fait partie – a des substrats biologiques et des manifestations psychiques, psychologiques », explique le Pr Olié. Les facteurs sont multiples : génétiques, biologiques, cérébraux, mais aussi environnementaux et psychologiques.

Symptômes : les deux polarités

Le diagnostic repose sur la présence d’épisodes hypomaniaques ou maniaques. Ceux-ci se caractérisent par une augmentation de l’énergie, une euphorie ou une irritabilité, une confiance en soi accrue, des difficultés de concentration, une réduction du besoin de sommeil, voire des éléments délirants. À l’opposé, la polarité dépressive se manifeste par une tristesse, un ralentissement, des idées suicidaires, de la culpabilité, des troubles du sommeil et de l’appétit. Entre ces épisodes, les patients connaissent des périodes sans symptômes : ce sont les phases d’euthymie.

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Des pauses fréquentes

« Il y a quand même au moins la moitié du temps de vie, au moins, où il n’y a pas de symptômes », souligne le Pr Olié. La courbe évolutive varie d’un individu à l’autre : certains ont plus d’épisodes dépressifs, d’autres plus d’épisodes maniaques. La durée des phases d’euthymie diffère également selon les périodes de la vie. « Le trouble bipolaire, ça ne veut pas dire être soit déprimé, soit excité en permanence. Pas du tout. », insiste-t-elle.

Apparition et prévalence

Les premiers symptômes apparaissent généralement chez l’adulte jeune, autour de 20 ans. Selon la définition utilisée, le trouble bipolaire touche entre 1 % et 5 % de la population. Il concerne autant les hommes que les femmes.

Idées reçues sur la dangerosité

Contrairement à certaines croyances, « il n’y a pas de dangerosité du trouble bipolaire. Il faut déstigmatiser ça », insiste la psychiatre. En phase dépressive, le principal risque est le suicide, qui doit être prévenu. En phase maniaque, la désinhibition peut entraîner des prises de risque sexuelles, financières ou physiques, mais pas de dangerosité envers autrui.

Traitement et rémission

Le trouble bipolaire se soigne. « Peut-être que le mot “soigner” n’est pas forcément adéquat dans la mesure où on ne peut pas faire disparaître le trouble, mais on peut tout à fait stabiliser la maladie et atteindre ce qu’on appelle une rémission, voire un rétablissement », explique le Pr Olié. Le traitement repose sur un trépied : les traitements médicamenteux (régulateurs ou stabilisateurs de l’humeur), un suivi psychothérapeutique (psychoéducation), et une attention aux éléments environnementaux et d’hygiène de vie (sommeil, consommation de toxiques, activité physique, vie sociale). « On ne devient pas un zombie et on ne change pas de personnalité », précise-t-elle.

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