L'Organisation mondiale de la santé (OMS) est l'une des cibles privilégiées de la sphère complotiste. À chaque nouveau rapport, chaque nouvelle épidémie, l'organisation devient le sujet le plus partagé sur les réseaux sociaux. Les publications qui pullulent alors sont très loin de l'encenser, l'accusant principalement d'être à la botte des élites.
La récente séquence hantavirus n'a pas fait exception
Depuis la découverte début avril de plusieurs cas sur un navire de croisière, le MV Hondius, l'organisation internationale fait l'objet d'attaques régulières. Fin mai, une vidéo de la journaliste scientifique complotiste autrichienne Jane Burgermeister a refait son apparition sur X. En 2009, en pleine pandémie de grippe porcine, cette dernière avait porté plainte pour génocide contre l'OMS et l'ONU. Elle avançait, sûre d'elle, que le vaccin contre la grippe porcine avait pour but de « tuer de manière imminente des millions de personnes », avec pour objectif caché de réduire la population mondiale et d'installer ensuite un seul et même gouvernement mondial. Une fausse histoire dont se nourrissent depuis longtemps les théories complotistes les plus partagées.
Pourquoi tant de haine envers l'OMS ?
« L'OMS est une organisation supranationale. Donc par nature, elle est perçue par une partie de la complosphère – dont le centre de gravité est plutôt à l'extrême droite – comme une entité à la botte des élites globalistes, et comme arme ou vecteur de contrôle supposé des populations au niveau international », analyse Tristan Mendes France, maître de conférences associé en cultures numériques à l'Université Paris Cité et enseignant au CELSA, spécialiste des cultures numériques et des radicalités en ligne.
Contrairement à des événements ancrés géographiquement comme le 11 septembre 2001 aux États-Unis, chaque épidémie mondiale relance la machine, laquelle explose en 2020 avec la pandémie de Covid-19. « Le Covid a été un moment d'accélération très particulier », souligne le spécialiste. Un moment lors duquel tous les regards ou presque étaient tournés vers l'OMS et ses préconisations. « Le complot des élites est un projet perçu comme total et global. Et l'OMS se charge de toutes les pandémies au niveau planétaire. Donc il y a un côté raccord », appuie Tristan Mendes France.
Donald Trump, faire-valoir de la sphère complotiste
Cette vision est renforcée par le pilonnage du président américain Donald Trump ces dix dernières années. Dès son entrée en fonction au début de son second mandat en janvier 2025, il a signé un décret ordonnant le retrait des États-Unis de l'OMS. « Les États-Unis se retirent en raison de la mauvaise gestion par l'organisation de la pandémie de Covid-19 qui s'est déclarée à Wuhan, en Chine, et d'autres crises sanitaires mondiales, de son incapacité à adopter les réformes nécessaires de toute urgence et à faire preuve d'indépendance par rapport à l'influence politique inappropriée des États membres de l'OMS », était-il écrit dans ce document. En cause également, des « paiements injustement onéreux ». « Pour Trump, l'OMS est une organisation supranationale et suprasouveraine qui empêcherait la souveraineté pleine de chaque État à décider de sa propre destinée », détaille l'enseignant.
Bill Gates au « Panthéon de l'imaginaire complotiste »
Depuis le retrait des États-Unis, la fondation Bill et Melinda Gates, déjà présente parmi les donateurs, est devenue le principal financeur de l'OMS, à hauteur de 13,28 % pour l'année 2025, juste devant la GAVI Alliance, autre organisme mondial de santé dans lequel le milliardaire a également des parts. « Là, évidemment, c'est un bingo ! Bill Gates fait partie du Panthéon de l'imaginaire complotiste, au même titre que George Soros ou les Rothschild. L'associer à l'organisation mondiale va donc animer toute la fantasmagorie complotiste autour de l'OMS », illustre Tristan Mendes France. Et si les épidémies et pandémies mondiales venaient à se multiplier, alors « l'OMS serait inextricablement emmenée dans la bourrasque complotiste ».



