Le 6 novembre 2018, les électeurs américains sont appelés aux urnes pour renouveler l'ensemble de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Ce scrutin de mi-mandat s'annonce comme un référendum sur la présidence de Donald Trump, dont l'impopularité pourrait priver les républicains de leur majorité au Congrès.
L'impopularité de Donald Trump, un poids lourd pour son camp
À moins de deux semaines de l'échéance, la cote de popularité du président se situe autour de 40 %, un chiffre historiquement bas pour un président américain à cette période de son mandat. Selon les sondeurs, cette impopularité est particulièrement marquée chez les femmes, les jeunes et les électeurs des banlieues, des segments de la population qui avaient pourtant joué un rôle clé dans la victoire républicaine de 2016.
Cette défiance s'explique par une série de facteurs, allant de la politique migratoire controversée aux attaques répétées contre les médias, en passant par les affaires judiciaires qui entourent le président. Dans ce contexte, les élections de mi-mandat apparaissent comme une sanction potentielle : depuis 1946, dans presque toutes les élections de ce type, le parti du président a perdu des sièges à la Chambre.
La Chambre des représentants, l'objectif le plus accessible pour les démocrates
Les démocrates n'ont besoin que d'un gain net de 23 sièges pour reprendre la majorité à la Chambre. Un objectif jugé atteignable, voire probable, par la plupart des experts. Les républicains, qui défendent 25 sièges dans des circonscriptions où Hillary Clinton a devancé Donald Trump en 2016, se trouvent en position délicate.
Les banlieues, autrefois utilisatrices de l'électorat républicain modéré, sont devenues le théâtre d'une véritable défection. Les électrices des banlieues, en particulier, semblent prêtes à voter démocrate pour exprimer leur rejet du style de Donald Trump. La thématique de la protection des personnes souffrant de maladies préexistantes a également été au cœur de la campagne, les démocrates accusant les républicains de vouloir démanteler l'Obamacare.
Au Sénat, la tâche est plus ardue pour l'opposition
Le rapport de force est tout autre au Sénat, où les démocrates doivent défendre 26 sièges, contre seulement 9 pour les républicains. Parmi les sénateurs démocrates sortants, plusieurs évoluent dans des États que Donald Trump a remportés avec plus de 20 points d'écart en 2016, comme le Dakota du Nord, l'Indiana, le Missouri ou encore la Virginie-Occidentale.
Pour ces élus, la stratégie consiste à prendre leurs distances avec la direction nationale du Parti démocrate et à mettre en avant leur indépendance. Les républicains capitalisent, eux, sur la popularité relative de Donald Trump dans ces États ruraux, où sa politique de déréglementation et son protectionnisme économique trouvent un écho favorable.
Les conséquences du scrutin pour le programme présidentiel
L'enjeu est de taille pour la suite du mandat. Une victoire démocrate à la Chambre des représentants mettrait un terme à l'emprise du président sur le pouvoir législatif. Les démocrates pourraient alors lancer des procédures de contrôle zélé sur les finances de l'administration Trump, ses conflits d'intérêts et l'ingérence russe dans l'élection de 2016. Ils pourraient aussi empêcher le financement du mur frontalier avec le Mexique, une promesse de campagne qu'il n'a pas pu tenir jusqu'ici.
À l'inverse, un maintien des majorités républicaines serait perçu comme une validation de la stratégie de Donald Trump. Le président, qui a déjà multiplié les meetings dans les États clés, s'en servirait comme d'un tremplin pour l'élection présidentielle de 2020, où il pourrait affronter une adversaire démocrate encore fragilisée par l'aile gauche du parti.
La participation, clé du scrutin
Les projections de participation annoncent un record absolu pour une élection de mi-mandat, avec plus de 50 % des électeurs inscrits attendus aux urnes. Cette mobilisation exceptionnelle, portée par les deux camps, traduit une polarisation inédite de la société américaine depuis la guerre du Viêt Nam. Le dépouillement des votes dans certains États, notamment la Floride et le Texas, pourrait durer jusqu'au lendemain du scrutin, en raison de bulletins contestés.
Quel que soit le résultat, ce scrutin marquera un tournant dans la présidence de Donald Trump, soit en renforçant sa domination sur le Parti républicain, soit en l'obligeant à composer avec une opposition hostile, déterminée à faire barrage à son programme.



