L'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, 66 ans, s'impose comme le principal rival du Premier ministre sortant Benyamin Netanyahou à l'approche des élections législatives du 27 octobre. Son ascension survient alors que le scrutin est perçu comme un référendum sur Netanyahou, au pouvoir depuis plus de dix-huit ans, dont la popularité reste forte mais qui est contesté pour sa gestion après l'attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023.
Un général critique de la guerre à Gaza
Chef de l'armée de 2015 à 2019, Eisenkot est l'un des critiques les plus virulents de la conduite de la guerre à Gaza par Netanyahou. Son fils Gal est mort en décembre 2023 dans les combats, ce qui lui a valu une grande sympathie. Il défend néanmoins une ligne sécuritaire dure sur tous les fronts, du Liban à l'Iran.
Son programme en dix points, qu'il présente comme centriste, commence par la promesse d'instaurer une commission d'enquête indépendante sur les défaillances ayant permis l'attaque du Hamas, comme le réclament de nombreux Israéliens. Il pousse également pour une « loi de service national universel » qui inclurait les juifs ultra-orthodoxes et les Arabes israéliens, actuellement exemptés du service militaire. Ce sujet est central alors que les réservistes enchaînent les périodes sous les drapeaux depuis 2023, et que l'exception accordée aux ultra-orthodoxes est de moins en moins acceptée.
Un discours tranché contre le gouvernement
« C'est un gouvernement qui choisit d'affaiblir l'armée en plein milieu d'une guerre sans merci, alors que la fine fleur des fils et filles de ce pays sont déployés sur tous les fronts », a récemment déclaré Eisenkot. Sur le conflit israélo-palestinien, celui qui a brièvement été ministre sans portefeuille entre octobre 2023 et juin 2024 cultive le flou. « Le seul message qu'il a fait passer, c'est qu'Israël doit être un Etat de droit », analyse Tal Elovits, chercheur au centre de réflexion Molad, suggérant que « les colonies illégales et les violences commises par les colons feraient l'objet de mesures ».
Cependant, soucieux de courtiser l'électorat des colons, Eisenkot s'est rendu en avril dans des colonies du nord de la Cisjordanie, territoire occupé depuis 1967, dont l'une est considérée parmi « les plus violentes » par l'ONG anticolonisation La paix maintenant.
La doctrine Dahiya et la défense dure
Au Liban, où il a officié lors de la guerre de 2006 contre le Hezbollah pro-iranien, Eisenkot a été l'un des initiateurs de la « doctrine de Dahiya », une stratégie de représailles massives qui cible les bastions du Hezbollah même si les dégâts civils sont importants. Il a fustigé en juin la décision de Netanyahou de cesser les bombardements sur le sud du Liban à la demande de Donald Trump, dans le cadre des négociations américaines avec l'Iran : « Aucun Premier ministre israélien n'a jamais cédé à une telle exigence », a-t-il lancé.
Fils d'immigrés marocains ayant grandi à Eilat, Eisenkot offre un contraste saisissant avec Netanyahou, héritier d'une riche famille ashkénaze ayant vécu une partie de son enfance aux États-Unis. Le général s'inscrit dans la tradition des anciens chefs d'état-major reconvertis en politique, comme Yitzhak Rabin et Ehud Barak.
En tête des sondages
Sa jeune formation, Yashar (« droit » ou « intègre » en hébreu), supplante désormais le Likoud de Netanyahou dans les sondages. Ses autres concurrents, l'ancien Premier ministre Naftali Bennett et le chef de l'opposition Yaïr Lapid, qui se sont unis en vue du scrutin, sont distancés. « De nombreux électeurs de droite qui n'aiment pas ce que fait Netanyahou cherchent une maison politique, et pour eux aujourd'hui, c'est Gadi Eisenkot », explique Gayil Talshir, professeure de sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem. Pour les électeurs du centre, il représente un choix stratégique pour pousser vers la sortie le Premier ministre sortant.



