Le ministre américain de la Justice par intérim, Todd Blanche, a cédé à l’ultimatum de deux sénateurs républicains. Dans un arrêté publié dimanche 3 août, il a officiellement annulé le fonds dit « anti-instrumentalisation » de la justice, doté de près de 1,8 milliard de dollars. Cette décision vise à débloquer sa confirmation définitive à la tête du département de la Justice.
« Le présent arrêté établit, au-delà de tout doute, qu’il n’existe aucun fonds », précise le texte, qui affirme également que le fonds « est annulé ». Une formulation directement destinée à lever les réserves des sénateurs qui exigeaient des garanties écrites sur l’abandon définitif de ce dispositif.
Un fonds devenu symbole de l’instrumentalisation de la justice
Ce fonds, créé sous l’administration Biden, était destiné à compenser financièrement des alliés de Donald Trump poursuivis par la justice fédérale. Abondé à hauteur de 1,8 milliard de dollars, il était perçu par les critiques comme un moyen de protéger les proches du président des conséquences juridiques de leurs actions. Son existence même était devenue un point de blocage au Sénat, où deux élus républicains, John Cornyn et Thom Tillis, exigeaient sa suppression formelle.
La confirmation de Todd Blanche, nommé au poste de ministre de la Justice par intérim depuis le limogeage de Pam Bondi en avril, était suspendue à cette exigence. Ancien avocat personnel de Donald Trump, il devait obtenir le feu vert du Sénat pour être confirmé de manière permanente, comme l’exige la Constitution. Or, sans la garantie écrite demandée, les deux sénateurs républicains étaient déterminés à bloquer le processus.
Des semaines de blocage et une menace de report
Le blocage durait depuis des semaines. John Cornyn, sénateur du Texas, et Thom Tillis, sénateur de Caroline du Nord, avaient tous deux exprimé leur volonté de ne pas céder sur ce point. Leur position a contraint Todd Blanche à négocier directement avec eux, en plus de ses échanges avec la commission judiciaire du Sénat. Les deux élus républicains demandaient des garanties écrites, non seulement sur la suppression du fonds, mais aussi sur l’engagement du gouvernement à ne pas recréer un dispositif équivalent.
Face à la menace d’une impasse prolongée, Donald Trump avait affirmé jeudi qu’il envisageait de reporter la nomination de Todd Blanche après les élections législatives de novembre. Un scénario qui aurait prolongé l’intérim à la tête du département de la Justice et fragilisé l’administration dans un contexte politique tendu. C’est dans ce climat que Todd Blanche a finalement publié l’arrêté dimanche, officialisant l’annulation du fonds.
Des « discussions de bonne foi » invoquées
Sur le réseau social X, Todd Blanche a justifié cette décision en la présentant comme le fruit « de discussions de bonne foi » avec des parlementaires et des membres de la commission judiciaire du Sénat. Dans un message accompagnant l’arrêté, il a également écrit : « Mon équipe et moi avons rencontré les membres de la commission et les sénateurs au cours des dernières semaines et avons répondu à toutes les préoccupations ou questions en suspens. »
La commission judiciaire du Sénat, où siègent les deux sénateurs récalcitrants, doit encore formellement transmettre sa recommandation sur la nomination. Si elle est favorable, un vote en séance plénière pourra être programmé. Aucune date n’a été annoncée à ce stade, mais la levée du blocage pourrait accélérer la procédure.
Cette annulation lève le principal obstacle à la confirmation de Todd Blanche. Le vote final du Sénat n’a pas encore été programmé, mais les sénateurs Cornyn et Tillis, qui avaient fait de la suppression écrite du fonds une condition sine qua non, devraient désormais retirer leur opposition. La décision marque une étape décisive pour l’ancien avocat de Donald Trump, dont la nomination doit encore être entérinée par l’ensemble de la chambre haute. Le département de la Justice, lui, se prépare à tourner la page de cette controverse, tandis que l’administration Trump espère une confirmation rapide avant la fin de la session parlementaire.



