Luiz Inacio Lula da Silva a officialisé, dimanche 2 août, sa candidature à l'élection présidentielle d'octobre 2026. Le chef de l'État brésilien brigue un quatrième mandat, fort d'un bilan environnemental en apparence positif : la déforestation en Amazonie a reculé de 20 % en 2025, selon le rapport annuel du réseau MapBiomas publié mercredi 27 mai. La surface déboisée au Brésil est passée, pour la première fois, sous la barre du million d'hectares – l'équivalent de la superficie de l'Égypte –, un niveau inédit depuis 2019.
Mais ce tableau idyllique est trompeur. Dans le même temps, le gouvernement Lula a relancé plusieurs projets pétroliers en Amazonie, suscitant l'incompréhension des défenseurs de l'environnement. Klervi Le Guenic, de l'association Canopée, dénonce un choix politique assumé : « Il fait le choix de privilégier certains combats environnementaux plutôt que d'autres », explique-t-elle au Nouvel Obs.
Le legs désastreux de Jair Bolsonaro
Le recul de la déforestation ne doit pas faire oublier l'héritage de l'ère Bolsonaro : durant le mandat de l'ancien président climatosceptique, 4,5 millions d'hectares de forêt amazonienne ont été détruits. Une saignée qui avait alerté la communauté internationale et contribué à la défaite de Bolsonaro en 2022. Lula, lui, avait fait de la protection de l'Amazonie une priorité de son programme de campagne. Les premiers résultats sont là, mais le chemin reste long.
Le rapport de MapBiomas, fruit d'un réseau de surveillance par satellite, confirme néanmoins une tendance encourageante. Avec une baisse de 20 % de la déforestation en 2025, le Brésil retrouve des niveaux comparables à ceux de 2019, avant la période Bolsonaro. Pour les observateurs, ce recul s'explique par une meilleure application des lois environnementales et par le renforcement des agences de contrôle, mais aussi par une baisse de la demande de soja et de viande, deux moteurs historiques du déboisement.
Pétrole : les contradictions de Lula
La relance des projets pétroliers en Amazonie contraste fortement avec ces engagements climatiques. Fin mai, le président brésilien et son gouvernement ont relancé des projets pétroliers, ravivant les inquiétudes des ONG environnementales. L'exploitation de nouvelles réserves, notamment à l'embouchure de l'Amazone, est perçue comme une menace directe pour les écosystèmes, les peuples autochtones et le climat.
Pour Klervi Le Guenic, cette décision illustre une hiérarchie claire dans les priorités présidentielles. Le gouvernement préfère soutenir la croissance économique et les revenus pétroliers, au détriment d'une partie de sa politique écologique. Un paradoxe d'autant plus difficile à comprendre que le Brésil s'est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.
Un équilibre fragile entre économie et écologie
Lula doit composer avec les réalités politiques brésiliennes. Le secteur agro-industriel, très influent au Parlement, pousse à l'expansion de l'agriculture et de l'élevage, tandis que les lobbys pétroliers défendent les intérêts de Petrobras et des compagnies internationales. L'équilibre est donc fragile : la réduction de la déforestation est réelle, mais elle pourrait être remise en cause si les projets pétroliers se concrétisent ou si les pressions politiques s'intensifient.
Dans ce contexte, l'annonce de la candidature de Lula à sa propre succession, dimanche 2 août, place ces contradictions au cœur de la campagne électorale. Les Brésiliens devront évaluer un bilan en demi-teinte : d'un côté, une déforestation au plus bas depuis 2019 ; de l'autre, une politique énergétique qui risque de compromettre les efforts climatiques du pays. La question environnementale s'annonce comme l'un des thèmes majeurs de la présidentielle d'octobre 2026.
Pour les défenseurs de la forêt, l'enjeu est clair : le prochain mandat devra transformer l'essai. « Il ne suffit pas de ralentir la déforestation, il faut aussi arrêter les projets destructeurs », conclut Klervi Le Guenic. Un avertissement direct à l'adresse du président-candidat, qui espère conjuguer développement économique et protection de la forêt.



