Le 19 juillet, Gianni Infantino était encore au sommet de sa gloire, fêtant la victoire de l'Espagne sur la pelouse d'un stade nord-américain après une finale de Coupe du monde qu'il qualifie lui-même de « meilleure Coupe du monde de l'histoire ». Deux semaines plus tard, le président de la FIFA, âgé de 56 ans, se retrouve dans les cordes, abandonné par certains de ses plus proches alliés et contraint de renoncer à son projet d'ouvrir les compétitions aux investisseurs privés.
Une chute vertigineuse
L'annonce, mardi, de ce projet « FIFA Forward Enterprise » a provoqué un tollé général. En l'espace de quelques jours, le dirigeant italo-suisse a vu son autorité s'effondrer. Il n'a fallu qu'une poignée de jours pour que celui qui était porté aux nues après un Mondial aux chiffres record – près de 15 milliards de dollars de revenus générés, 6,6 millions de spectateurs dans les stades et des audiences télévisées historiques – soit poussé vers la sortie.
« Je ne pense pas que nous ayons jamais assisté à une chute aussi rapide d'un dirigeant sportif », a déclaré à l'AFP Michael Payne, ancien responsable du marketing au Comité international olympique. « Il y a une semaine encore, Infantino était au sommet de sa gloire. Aujourd'hui, on se demande même s'il verra la fin du mois. Comment en est-il arrivé là ? Quel orgueil démesuré ! », a-t-il poursuivi.
Des critiques accumulées
Avant cet épisode, Infantino avait toujours crânement fait front face aux critiques, qu'elles aient porté sur l'organisation des Coupes du monde en Russie ou au Qatar, sur l'attribution du Mondial 2034 à l'Arabie saoudite, sur l'élargissement de 32 à 48 équipes, sur la création d'un nouveau Mondial des clubs, sur sa proximité avec Donald Trump ou encore sur l'affaire Balogun. Même l'instauration des « pauses fraîcheurs », transformées en espaces publicitaires, n'avait pas entamé sa position.
Son projet d'élargir encore le Mondial à 64 équipes, bien que loin de faire l'unanimité, semblait en bonne voie d'être adopté à une large majorité. Selon le quotidien anglais The Guardian, Infantino comptait encore sur le soutien de plus de 200 pays membres (sur 211) à la fin du tournoi. Mais la ligne rouge a été franchie avec l'idée d'ouvrir les Coupes du monde à des investisseurs privés, une perspective rejetée par une grande partie des acteurs du football mondial.
L'UEFA et la Concacaf brandissent l'option nucléaire
Toujours selon la presse britannique, les Européens réunis au sein de l'UEFA et plusieurs membres de la Concacaf – qui regroupe les fédérations d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes – envisagent de retirer leur soutien au dirigeant de 56 ans pour le pousser à une démission ou l'exposer à une motion de censure. L'UEFA, qui représente 55 fédérations, a eu recours à ce que Terrence Burns, ancien responsable de la stratégie marketing dans deux dossiers de candidature à l'organisation de la Coupe du monde, appelle « l'option nucléaire » : la menace d'un boycott « unanime » de la Coupe du monde.
Mais, rappelle Burns, « les confédérations ne votent pas en bloc » et chaque membre conserve sa propre voix. Dans ce contexte, ce sont l'Afrique et l'Océanie, moins critiques envers la gouvernance d'Infantino – et dont plusieurs fédérations voyaient d'un bon œil ses promesses d'augmentation des ressources consacrées au développement du football –, qui pourraient bien faire pencher la balance.
Vers une fin de règne ?
Pour Terrence Burns, la position d'Infantino est « précaire », mais pas irrémédiable, même si un adversaire venait à se présenter aux prochaines élections, prévues en 2027. « Il n'avait pas d'adversaire en 2019 et en 2023, car les candidats sérieux ne se présentent pas contre quelqu'un qui est imbattable. Je pense que ce calcul a changé cette semaine, avant la date limite de dépôt des candidatures fixée au 18 novembre », analyse-t-il.
Selon plusieurs médias spécialisés, le vice-président de la FIFA et président de la Concacaf, Victor Montagliani, pourrait se présenter au scrutin, en comptant sur le soutien des membres de l'UEFA. Dénonçant la gestion opaque d'Infantino, les deux puissantes confédérations ont appelé à une réforme globale et à une « mise à plat complète » de la gouvernance de la FIFA. Michael Payne est encore plus tranché : « Son leadership est devenu radioactif. S'il reste, cela entraînera une véritable guerre civile dans le monde du football, avec des scissions parmi les grandes nations et des boycotts. C'est fini pour lui. »



