L’activité physique, un médicament aux preuves irréfutables
L’activité physique, médicament aux preuves irréfutables

Quatre siècles avant notre ère, Hippocrate écrivait : « la marche est le meilleur médicament de l’homme ». Galien, admirateur du médecin grec, avait repris ces théories en classant l’exercice parmi les six déterminants majeurs de la santé – avec l’environnement, le sommeil, l’alimentation, l’humeur et l’exercice. Aujourd’hui, des essais randomisés, le plus haut niveau de preuve scientifique, confirment cette intuition ancestrale : l’activité physique prévient et traite un grand nombre de maladies, au point de constituer un véritable « médicament ».

Des preuves accumulées depuis les années 1950

La science moderne a commencé à s’intéresser sérieusement aux bienfaits de l’exercice au XXe siècle. Une étude épidémiologique marquante des années 1950 a montré que les contrôleurs de bus, souvent debout, souffraient moins de maladies cardiovasculaires que les conducteurs sédentaires. Vingt ans plus tard, un suivi d’étudiants a suggéré que l’activité physique régulière pouvait réduire les risques de maladies chroniques et allonger l’espérance de vie.

Les recommandations officielles préconisent désormais vingt minutes d’activité modérée par jour, complétées au moins deux fois par semaine par des séquences plus intenses : montée d’escaliers, course à pied ou port de charges. Des données récentes apportent des preuves supplémentaires : une cohorte de plus de 700 000 vétérans de l’armée américaine a montré que huit comportements favorables à la santé – dont l’activité physique – dès l’âge de 40 ans prolongent l’espérance de vie de 24 ans chez les hommes et 21 ans chez les femmes.

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Un tournant dans la lutte contre le cancer

Jusque dans les années 1980, on conseillait le repos aux patients atteints de cancer. Les preuves scientifiques se sont inversées : l’activité physique réduit le risque de survenue de nombreux cancers – côlon, sein, utérus, prostate, vessie, œsophage, rein et foie – et améliore la survie. Un essai randomisé conduit entre 2009 et 2024 sur près de 900 patients atteints d’un cancer du côlon a montré que ceux qui suivaient un programme structuré d’exercice présentaient moins de récidives et survivaient significativement plus longtemps que les autres.

Un « médicament » soumis à la preuve

Pour être considérée comme un traitement à part entière, l’activité physique devait répondre aux critères stricts des essais randomisés, exigés pour les médicaments. Plusieurs centaines d’essais ont ainsi démontré une réduction de la tension artérielle chez les hypertendus pratiquant vingt minutes d’exercice modéré par jour. Pour les maladies coronariennes, 85 essais randomisés incluant plus de 20 000 patients suivis au moins un an ont montré une baisse des récidives d’infarctus et de la mortalité cardiovasculaire chez les patients engagés dans un programme de réadaptation.

L’exercice est également efficace dans le diabète de type 2 : un essai comparant un groupe avec activités supervisées à un groupe sous traitement habituel seul a révélé qu’après un an, plus de la moitié des patients actifs ne nécessitaient plus aucun traitement antidiabétique, suggérant une réversibilité de la maladie.

Des bénéfices étendus au cerveau et aux poumons

Dans la maladie d’Alzheimer, des essais randomisés récents établissent que l’exercice modéré à intense réduit le risque de survenue jusqu’à 45 %, ce qui en fait le meilleur traitement préventif connu contre cette maladie. Pour l’anxiété et la dépression, plus de deux cents essais randomisés incluant près de 15 000 patients plaident pour une intégration systématique de l’activité physique aux traitements médicamenteux et psychothérapeutiques. En pneumologie, plus de 65 essais randomisés portant sur environ 4 000 patients ont démontré que l’exercice réduit l’essoufflement et la fatigue chez ceux souffrant de maladies chroniques respiratoires, améliorant leurs fonctions émotionnelles et leur sentiment de contrôle.

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Protéger la santé et l’environnement

Les mécanismes expliquant ces effets incluent la perte de poids, l’amélioration de la sensibilité à l’insuline, la modulation du cortisol, les hormones de croissance et sexuelles, ainsi qu’une action anti-inflammatoire majeure. L’activité physique agit aussi contre les chutes chez les personnes âgées et améliore le sommeil. Comme le résume la professeure I-Min Lee, de l’école de médecine de Harvard : « Si vous ne pratiquez aucune activité physique, pratiquez-en un petit peu ; et si vous en pratiquez déjà un petit peu, pratiquez-en un peu plus ! »

Au-delà des prescriptions individuelles, l’article du Pr Antoine Flahault appelle à des politiques publiques ambitieuses : sécuriser les espaces piétonniers, développer les pistes cyclables, promouvoir les mobilités douces, encourager les réunions debout et les bureaux assis-debout, ou encore multiplier les cours en position debout à l’école. Car l’activité physique, bien tolérée et peu coûteuse, reste le meilleur médicament de l’homme – à condition de le prendre à la bonne dose, régulièrement, tout au long de la vie.