Ce 29 juillet au matin, la brise marine adoucit à peine les rayons d’un soleil ardent. L’air pointe à 27 degrés tandis que la mer affiche un agréable 24. « Le temps est idéal, la journée devrait se dérouler tranquillement », présage Laurent Sagny Morte, chef du secteur Carnon, Palavas et Villeneuve-lès-Maguelone à la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), qui assure la surveillance des plages de 11 h à 18 h 30. Une prédiction optimiste : sur le sable de Palavas-les-Flots, les sauveteurs vont enchaîner les missions de prévention et d’intervention.
Un dispositif opérationnel dès 10 heures
Dès 10 h, les sauveteurs responsables des jets ski s’affairent à la capitainerie du port de Palavas. Casqués, gilet enfilé, ils poussent, déplacent et montent sur leur engin avant de rejoindre chacun leur poste. Une mise en place effectuée sous les yeux de Laurent, qui les aide au besoin. À 11 h, tous sont opérationnels : le jet ski est amarré, le drapeau vert levé, le matériel sorti et vérifié, les fanions posés aux extrémités de la plage.
Au poste Saint-Pierre, rive gauche de Palavas, l’équipe est composée de trois personnes : Carla, 19 ans, sauveteuse qualifiée pour sa première saison, Ambroise, 21 ans, chef de poste, et son adjoint Joakym, 20 ans. La surveillance s’étend jusqu’au chenal, à 300 mètres du bord. « On fait attention en priorité aux personnes à risque, comme les personnes en situation d’obésité, les enfants ou les personnes âgées. On observe pourquoi les gens sortent de l’eau, les expressions du visage, les apnées, ainsi que les bouées ou paddles lorsqu’il y a du vent », détaille Ambroise, équipé de lunettes polarisantes contre les reflets du soleil. Carla confie : « C’est fatigant mentalement d’être vigilant tout le temps. »
Prévenir plutôt qu’intervenir
À midi, les trois sauveteurs s’inquiètent pour une femme errant nue sur la plage, l’air désorientée. Comme pour un enfant perdu, le chef de poste alerte les postes voisins et prévient la Police municipale si nécessaire. La femme sera finalement retrouvée dans le centre-ville. « C’est stressant d’avoir ce genre de responsabilité, mais il ne faut pas le montrer pour ses équipiers », confie Ambroise.
À 14 h, un groupe de jeunes s’amuse à sauter depuis les brise-lames, ces digues en pierre créées artificiellement. Joakym rejoint immédiatement le spot en jet ski pour leur demander d’arrêter, ce qu’ils font. « À cause du vent et des vagues qui creusent le sable, il y a des trous de deux ou trois mètres à proximité », explique son chef de poste, qui alerte sur le risque accru de noyade ou de blessure. « On préfère prévenir plutôt qu’intervenir. »
Des patrouilles de lame pour rester proches des baigneurs
À 15 h, la fréquentation de la plage augmente et les parasols masquent la vue. Laurent avait prévenu dès le matin : « Sur notre secteur, la plage n’est pas classée Océan 2, mais elle est très dangereuse par sa surfréquentation. » Les sauveteurs entament alors la « patrouille de lame », effectuée à tour de rôle par tranches de 45 minutes. Palmes et talkie-walkie en main, ils longent la limite des vagues. « Ça rassure les gens, ça permet d’aller voir ce qu’on ne voit pas depuis le poste et d’être plus rapide en cas d’intervention », souligne Ambroise. Pendant ce temps, les deux autres membres de l’équipe montent la vigie, jumelles à la main.
L’accessibilité fait aussi partie de leurs missions. La plage de Carnon Centre est labellisée Tourisme et Handicap pour les handicaps auditif, mental et visuel. Deux tiralos, gratuits sur présentation d’une pièce d’identité, sont disponibles au poste de sécurité. Un dispositif audio plage, installé pour la saison, peut être demandé au poste : il permet au public déficient visuel de se baigner en autonomie grâce à un casque à conduction osseuse. Des balises sonores sont également présentes aux entrées de la plage. À Palavas, la plage Sarrail dispose d’un kiosque multiservice baptisé Kiosky, offrant douches et sanitaires accessibles aux personnes à mobilité réduite ainsi qu’une recharge pour fauteuils roulants électriques.
Bobologie, coups de chaud et piqûres de vive
L’après-midi se poursuit dans le bruit des vagues et les cris des enfants. « Avec la marche et le soleil, on en peut plus de la plage à la fin de la journée », lâche Joakym, revenant de sa patrouille. Ambroise va plus loin : « J’y vais rarement en dehors du travail, ça me lasse. Et quand j’y suis en civil, je fais toujours attention aux autres. »
À 17 h, les habitués quittent la plage en saluant l’équipe. Carla sourit : « Beaucoup de personnes viennent échanger, on fait aussi du lien. On connaît leurs habitudes, un peu de leur vie. » La fin de journée est marquée par des bobologies, des coups de chaud, et une piqûre de vive sous le pied pour une jeune vacancière. Carla intervient avec une bassine d’eau chaude dans laquelle la victime trempe son pied. « Ça anesthésie le venin », explique-t-elle. La jeune femme se porte déjà mieux.
À 18 h 30, la vigilance reste de mise. « C’est là où il ne faut pas baisser sa vigilance », se dit Carla. Ambroise nettoie et range le matériel, récupère les fanions et descend le drapeau. Les deux garçons se disent à demain, tandis que Carla partira pour Saint-Tropez pendant tout le mois d’août.
Une formation exigeante de 300 heures
Devenir sauveteur en mer ne s’improvise pas. Le recrutement passe par des tests physiques – luc-léger, natation en apnée et en vitesse – ainsi qu’un entretien de motivation. L’année dernière, une quarantaine de personnes ont postulé au centre de formation et d’intervention (CFI) SNSM de l’Hérault, à Palavas, pour une quinzaine de places. De septembre à mai, les futurs sauveteurs, âgés de 18 ans minimum, suivent une formation complète : prévention secours civique en équipe (PSCE), mises en situation réelles, utilisation du matériel. Au total, 300 heures de formation, compatibles avec les études.
À l’issue du test de fin d’année, les néosauveteurs reçoivent le diplôme de secourisme, le brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA) et le certificat de surveillance et sauvetage aquatique (SSA). S’ajoutent un certificat pour l’utilisation d’une radio VHF, indispensable pour communiquer avec les secours, et un permis bateau pour piloter les jets ski. Les sauveteurs « anciens » suivent un recyclage de deux jours par an. Certains chefs de poste organisent aussi des entraînements le matin et le soir pendant la saison. « On demande au public de mimer une situation pour entraîner les sauveteurs dans des conditions vraiment concrètes, où ils ne connaissent pas la victime », explique Ambroise, à l’initiative de ces sessions. « C’est aussi des moments de cohésion », ajoute-t-il.
« Un métier utile »
Une formation exigeante, mais pour un « métier utile, moyen d’intégration dans la société », souligne Laurent Sagny-Morte. Les sauveteurs en mer sont d’ailleurs habilités à travailler lors d’événements comme les fêtes votives ou les concerts. Une polyvalence qui illustre l’importance de ces professionnels de la vigilance sur le littoral héraultais.



