Un arrêté préfectoral de trois pages vient stopper net le projet de parc solaire à La Bastide, dans le haut Var. La préfecture du Var a signifié son opposition à la déclaration présentée par la société Touort Solaire Énergie, filiale de Voltalia, concernant l'installation de panneaux photovoltaïques sur une parcelle de 12,21 hectares au lieu-dit « plan de Finiel », chemin de la Pinède. L'État s'appuie sur l'avis défavorable du Parc naturel régional du Verdon (PNRV) et sur une proposition de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM).
Un avis défavorable motivé par la préservation des zones humides
Le PNRV a émis un avis défavorable au projet de défrichement préalable à l'implantation de la centrale. Dans son analyse, le Parc souligne que « l'aire du projet est ceinturée de prairies humides à forte biodiversité et à forts enjeux de conservation », classées à proximité des sites d'intérêt écologique majeur de sa charte 2025-2040. Les investigations menées par le porteur de projet sont jugées insuffisantes pour garantir que la centrale n'affectera pas l'alimentation en eau de ces milieux.
La préfecture estime que l'étude d'impact ne démontre pas suffisamment l'absence d'effets sur un secteur présentant de forts enjeux environnementaux et paysagers. Elle pointe notamment les risques de pollution par ruissellement des sols et des nappes phréatiques.
Des espèces protégées menacées
L'avis du PNRV relève des risques pour de nombreuses espèces protégées de flore, comme l'Orchis de Spitzel, le Myosotis des marais ou l'Orchis punaise. La réduction du périmètre clôturé initial ne vaut pas absence d'impact, notamment en raison des obligations légales de débroussaillement (OLD) qui représenteraient environ 3,5 hectares, soit la moitié de la surface d'emprise des panneaux. Le site est également fréquenté par plusieurs espèces de chauves-souris. Le Parc s'interroge : « Est-ce que les mesures prévues seront suffisantes pour maintenir l'attractivité du site comme territoire de chasse ? »
Le secteur se situe par ailleurs à proximité immédiate du périmètre de protection de la Réserve naturelle nationale géologique de Haute-Provence.
Une pollution visuelle depuis des sites emblématiques
Le PNRV note que le boisement de Touort est une forêt présumée ancienne, attestée par la carte d'état-major et la photographie aérienne de 1947. Ce type d'occupation forestière historique est considéré comme un critère rédhibitoire à l'accueil de centrales photovoltaïques au sol dans la position du Parc en cours de révision. Sur le plan paysager, l'impact visuel serait fort depuis les routes départementales RD 21, RD 44 et la Route Napoléon (RD 6 085), axes majeurs marquant l'entrée dans le PNRV pour les automobilistes venant des Alpes-Maritimes. Il serait aussi visible depuis le GR Tour de l'Artuby au niveau de la montagne du Brouis et depuis la montagne du Lachens, point culminant du Var à 1 715 mètres.
Le Parc regrette également que le porteur de projet n'ait pas étudié plus largement des sites déjà artificialisés, en limitant sa recherche aux emprises de plus de cinq hectares.
La réponse de Voltalia
Contactée par Var-Matin, l'entreprise Voltalia a fourni une réponse par communiqué. Elle précise que le projet de parc solaire de La Bastide est soumis à plusieurs autorisations encore en instruction. Concernant l'arrêté préfectoral, elle déclare : « La déclaration au titre de la loi sur l'eau (IOTA) a récemment fait l'objet d'un arrêté d'opposition émis par la préfecture du Var. Voltalia a apporté des compléments d'information aux services compétents. Elle poursuit actuellement ses échanges avec la DDTM. »
Le projet, initié en 2023, vise une capacité de 8,4 MW, ce qui équivaudrait à la consommation électrique de 5 700 habitants par an. Voltalia rappelle que cette installation s'inscrit dans les objectifs du Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET) de la région Sud et contribue à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le maire de La Bastide, Norbert Grosso, n'a pas souhaité s'exprimer, mais annonce l'organisation d'une réunion publique, probablement en septembre.



