À la veille du coup d'envoi de la Coupe du monde de football en Amérique du Nord, associations et experts mettent en garde contre les dangers des paris sportifs. Le marché publicitaire du secteur a bondi de 25 % pour atteindre 785 millions d'euros cette année, suscitant l'inquiétude. Une proposition de loi a été déposée pour encadrer ce qu'ils qualifient de "matraquage publicitaire".
Un événement festif aux risques élevés
La Coupe du monde, qui débute jeudi 11 juin, est une période propice à l'addiction aux paris sportifs, notamment pour les jeunes et les joueurs excessifs, cibles privilégiées du marketing des opérateurs comme Winamax ou Unibet. Selon les estimations, 15 % des parieurs en France présentent un jeu excessif, soit trois fois plus que pour l'ensemble des jeux d'argent. Ces joueurs sont particulièrement vulnérables aux stratégies promotionnelles.
785 millions d'euros de publicité
Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l'Autorité nationale des jeux (ANJ), a déclaré au Parisien que les opérateurs dépenseront cette année 785 millions d'euros en publicité, dont la moitié sur le digital. Elle qualifie la Coupe du monde de "période à risques" avec une promotion des paris de plus en plus efficace, mêlant influenceurs, publicités, conseillers en paris et bonus. Elle souhaite une interdiction de la publicité cinq minutes avant et après les matchs, comme au Royaume-Uni, pour protéger les mineurs.
Des mesures jugées insuffisantes
Myriam Savy, responsable du plaidoyer chez Addictions France, estime que cette mesure est trop limitée. Elle préconise une interdiction une heure avant et une heure après les matchs, sur les réseaux sociaux et à la télévision. "Il faut aussi interdire le sponsoring, qui n'est pas considéré comme de la publicité par l'Arcom, avec lequel les opérateurs se rendent visibles partout", instillant l'idée que le pari sportif fait partie intégrante de l'expérience sportive.
Selon les études, huit jeunes sur dix âgés de 15 à 17 ans se déclarent exposés à la publicité pour les paris sportifs via les médias traditionnels, les réseaux sociaux et les points de vente. M6 et beIN Sports, diffuseurs de l'événement, ainsi que l'AFJEL regroupant les opérateurs, ont annoncé s'abstenir de publicité pendant les "pauses fraîcheur" des matchs. Cependant, Myriam Savy souligne qu'ils n'ont pas cessé la publicité via les influenceurs, les notifications incitatives ou les gratifications financières. "C'est normal. 60 % de leur chiffre d'affaires provient des joueurs excessifs", selon l'ANJ.
Réactions des opérateurs
Unibet (FDJ) a fait valoir qu'il consacre 10 % de ses investissements publicitaires à des campagnes de prévention du jeu excessif. Winamax a refusé de commenter. Le sociologue Thomas Amadieu note que "l'industrie responsable des dommages se présente comme la solution au problème, pour repousser une régulation plus protectrice des joueurs".
Une proposition de loi en discussion
Addictions France soutient la proposition de loi du député écologiste Emmanuel Duplessy visant à mieux encadrer le marketing des paris sportifs. Avec des mises multipliées par trois en cinq ans, "il est urgent d'agir contre le matraquage publicitaire", a-t-il déclaré devant les députés.
Campagne de prévention en attente
Une campagne de prévention de Santé publique France, prévue pour mai, n'a pas été diffusée. Les syndicats de l'agence dénoncent une "ingérence des services du Premier ministre" alors qu'une réforme de la communication gouvernementale est en cours. Selon une source proche du dossier, ces services n'ont pas encore validé la campagne.
En outre, Addictions France s'inquiète de la nomination proposée par l'Élysée de Pascal Chèvremont, ancien lobbyiste du secteur alcoolier, pour succéder à Isabelle Falque-Pierrotin à la tête de l'ANJ.



