Valeo et Forvia confirment le virage automobile vers la défense
Valeo et Forvia confirment le virage automobile vers la défense

Les équipementiers automobiles Valeo et Forvia ont confirmé, lundi 3 août 2026, leur bascule stratégique vers le secteur de la défense. Cette décision, présentée lors d'une conférence de presse conjointe à Paris, marque une inflexion majeure pour une industrie confrontée à la transition du moteur thermique vers l'électrique et à la montée des commandes militaires en Europe.

Les raisons économiques du changement

La chute de la demande de véhicules électriques dans certaines régions, combinée aux tensions géopolitiques et à la hausse des budgets de défense des pays membres de l'Union européenne, pousse les fournisseurs automobiles à explorer de nouvelles sources de croissance. Valeo et Forvia ne sont pas les premiers à franchir le pas, mais ils figurent parmi les plus importants équipementiers à officialiser des objectifs chiffrés.

Les deux groupes français, qui réalisent ensemble plus de 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, comptent sur leurs savoir-faire technologiques pour répondre aux besoins des armées modernes. Leurs domaines d'expertise – capteurs, éclairage, électronique embarquée, matériaux composites – sont en effet considérés comme des technologies duales, c'est-à-dire utilisables à la fois dans le civil et le militaire.

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Les technologies mises au service de la défense

Valeo est connu pour ses systèmes d'aide à la conduite, ses radars et ses caméras, qui peuvent être transposés à la détection de cibles, à la vision nocturne ou au guidage de drones militaires. Forvia, de son côté, apporte son expertise dans les intérieurs intelligents, l'éclairage adaptatif et la gestion thermique des batteries, des atouts pour les véhicules blindés électriques ou hybrides.

Les deux équipementiers ont annoncé la création d'une division commune dédiée aux applications de défense. Cette structure devrait employer plusieurs centaines d'ingénieurs d'ici 2027 et travailler en étroite collaboration avec des agences publiques comme la Direction générale de l'armement (DGA) en France. Des discussions sont également en cours pour participer à des programmes européens tels que le Fonds européen de défense.

Un objectif de 10 % du chiffre d'affaires en 2030

Selon les objectifs dévoilés, les activités de défense devraient représenter environ 10 % du chiffre d'affaires combiné des deux groupes à l'horizon 2030. Cela correspondrait à un montant proche de 4,5 milliards d'euros, un niveau comparable à celui de groupes industriels déjà établis dans l'armement. Pour y parvenir, Valeo et Forvia prévoient d'investir 600 millions d'euros dans la recherche et développement sur les quatre prochaines années.

Les investissements cibleront prioritairement les systèmes de communication sécurisés, la protection balistique légère et l'optimisation énergétique des équipements du soldat. Les premiers prototypes pourraient être testés dès 2027, avec l'espoir de décrocher des contrats de production en série avant la fin de la décennie.

Quelles conséquences pour l'emploi et les territoires ?

Cette réorientation pourrait avoir un impact significatif sur les sites de production existants. Les dirigeants des deux groupes ont assuré que la transition se ferait sans suppressions de postes nettes, grâce à des programmes de requalification et à des partenariats avec des écoles d'ingénieurs spécialisées en systèmes de défense. Les régions où sont implantés Valeo et Forvia, notamment l'Auvergne-Rhône-Alpes et le Grand Est, devraient ainsi bénéficier de nouveaux investissements.

Les collectivités locales voient dans cette dynamique une occasion de préserver des emplois industriels menacés par la délocalisation de la production automobile. Plusieurs élus ont salué une « décision de bon sens » qui permet de maintenir des compétences techniques de haut niveau sur le territoire national.

Des défis à relever

Néanmoins, cette diversification comporte des défis. Les cycles de développement dans la défense sont souvent plus longs que dans l'automobile, et les exigences réglementaires en matière d'exportation d'armes sont strictes. Les deux groupes devront également faire face à une concurrence accrue de la part des industriels traditionnels du secteur, comme Thales ou Nexter.

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Malgré ces obstacles, la confirmation par Valeo et Forvia de leur virage stratégique témoigne de la recomposition profonde d'une filière qui doit s'adapter à un double impératif : répondre à l'urgence climatique et aux nouvelles menaces sécuritaires. La réussite de ce pari dépendra de la capacité des deux équipementiers à concrétiser des contrats et à intégrer durablement la défense dans leur modèle économique.