Sur la Côte d'Azur, une communauté de passionnés a fait des cygnes leur cause. Le groupe Facebook « Les cygnes du littoral », créé en 2021 par Marina, rassemble aujourd'hui plus de 4 700 abonnés et une cinquantaine de bénévoles actifs. Leur terrain d'action ? Tout le littoral des Alpes-Maritimes, de Mandelieu aux frontières italiennes, parfois même jusqu'au Var et en Italie.
Un sauvetage à l'origine de l'aventure
Tout est parti d'un incident sur une plage. « Un cygne a avalé un hameçon sur l'une des plages que je fréquentais, ce qui lui causait de graves difficultés respiratoires », raconte Marina. « Je me suis alors rendu compte que dans les Alpes-Maritimes, nous n'avions pas vraiment de solutions pour secourir la faune sauvage. »
Le groupe a donc été pensé pour « centraliser les informations en cas de problème et susciter des vocations de bénévoles », souligne la fondatrice. La Ligue de protection des oiseaux (LPO) manquait en effet d'effectifs pour se charger de ces missions. Marina regrette par ailleurs un retard global en France pour les soins aux animaux sauvages, « notamment par rapport à l'Angleterre ou aux Pays-Bas, où il existe de vraies ambulances dédiées à la faune sauvage disponibles 24 heures/24 ». Et d'ajouter : « Il est pourtant inimaginable de ne pas avoir plus de structures adaptées [Instinct animal] dans un département qui possède autant de rivières ! »
Des cygnes à la personnalité bien marquée
Pour Marina, chaque cygne est unique. « Ils ont chacun leur propre personnalité. Ils ont l'intelligence d'un chien, avec le côté ingrat d'un chat », sourit-elle. Pollux, Bonnie et Elvis, Cajou et Cacahuète, Cassius et Calypso, Vodka… Chacun a son petit nom et ses signes distinctifs : cicatrices, bobos sur les palmes, pattes de couleurs différentes, morphologies variées selon les croisements.
Sophie, agente portuaire au port Vauban, fait partie de ces membres très investis. « Je suis constamment au bord ou sur l'eau. J'observe les cygnes évoluer, j'en discute avec mes collègues et avec les plaisanciers qui adorent les nourrir, cela crée du lien social », livre-t-elle.
La star du groupe reste Joséphine, surnommée « la pirate » à cause d'une cicatrice à l'œil. Elle nage régulièrement sur la Brague avec ses cygneaux. Son histoire a même fait mentir la légende sur la fidélité des cygnes. « À Cagnes, le vieux Napoléon s'est fait chasser de son territoire par un jeune mâle. Sa compagne Joséphine l'a quitté sans aucun regret et est partie sur un autre cours d'eau où elle a séduit un autre mâle sous mes yeux. C'est comme la série Dallas, il y a toujours des rebondissements dans les histoires de familles », s'amuse Marina.
Une population sédentarisée mais exposée aux accidents
Les observations montrent que la majorité des cygnes du département sont sédentarisés. Vers Mandelieu, près d'une soixantaine d'entre eux se répartissent sur la Siagne et le Riou. Les jeunes rejetés par leurs parents trouvent souvent refuge dans les ports, comme à Marina Baie des Anges ou au port Vauban, car ils aiment utiliser les rampes pour sortir de l'eau.
Malheureusement, les accidents restent fréquents. Les membres de la page Facebook recensent des problèmes récurrents : lignes de pêche abandonnées, morsures de chiens sans laisse, collisions en vol avec les caténaires des lignes de train. « Nous avons demandé à la SNCF de sécuriser ses lignes avec des balises visibles, mais le résultat n'est pas satisfaisant », déplore Marina.
Le nourrissage, entre interdiction et bonnes pratiques
Le nourrissage demeure un sujet délicat. Les interdictions peinent à être respectées. « La solution, comme en Angleterre, est de mettre en place un nourrissage alternatif et encadré. Il faut absolument proscrire le pain, responsable de nombreux cas de botulisme, mais encourager les promeneurs à donner de la salade, du maïs ou des granulés flottants, directement dans l'eau », explique Marina.
Quelques règles simples s'imposent : ne pas chercher à attirer les cygnes hors de l'eau, nourrir depuis la berge, conserver une distance suffisante en paddle ou en embarcation, et ne jamais les encercler pour éviter de les stresser.
Comment signaler un cygne blessé ?
Plusieurs structures sont disponibles dans la région. Les membres du groupe « Les cygnes du littoral » recommandent de contacter :
- Le Centre de faune sauvage du 06, géré par l'association Instinct AniMal - SOS Faune Sauvage à Saint-Cézaire-sur-Siagne (06 70 18 97 93 ou 09 82 73 15 17, ou par mail avec photos à sosfaunesauvage06@gmail.com).
- La clinique vétérinaire La Lingostière à Nice, référente Faune Sauvage (04 93 29 84 11, ou mail avec photo à lingostierefaunesauvage@gmail.com).
- Le Centre régional de sauvegarde de la faune sauvage - LPO PACA de Buoux (Vaucluse) au 04 65 09 02 20, ou par mail avec photo à sos.paca@lpo.fr.
- Pour une alerte concernant un cygne, la page « Les Cygnes du Littoral » dispose d'un numéro dédié : 07 49 95 19 00, ou par mail à lescygnesdulittoral@gmail.com.
Il ne reste plus qu'à observer ces discrets et majestueux palmipèdes, et à profiter de leur passage sur le littoral.



