Polyamour : une ex-adepte charge le gourou jugé pour viols
Polyamour : une ex-adepte charge le gourou jugé pour viols

Mardi, devant la cour d’assises de l’Aude, Céline (*), ex-adepte de la communauté de l’Athanor, a livré un témoignage accablant contre son ancien gourou, Jorge Martins Correia, jugé en appel pour des viols et agressions sexuelles. Elle affirme n’avoir jamais consenti aux rapports sexuels, décrivant une emprise progressive faite de fatigue, de drogue et de matraquage psychologique.

Un parcours sous emprise

Céline raconte sa rencontre avec celui qui tirait les cartes de tarot dans un bistrot de Montpellier, alors qu’elle venait de terminer une licence de lettres et cherchait du sens à sa vie. Elle s’engage dans une thérapie individuelle. « Il mixait toutes mes émotions, disant que quand j’étais en colère, cela provoquait mon désir, comme avec le dégoût, et quand j’étais à terre, il venait consoler », détaille-t-elle.

Aujourd’hui, elle est sa principale accusatrice pour deux viols. Le premier survient lors d’un massage offert par son petit ami pour son anniversaire, auprès de Correia et sa compagne. « Il fallait se mettre nu, il nous a fait fumer un joint pour nous détendre. Il massait, j’ai fermé les yeux et Jorge rentre un doigt dans mon vagin… J’ai pleuré tellement fort, je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait, et il m’a dit que je libérais des émotions et que c’était bien », rapporte-t-elle, très émue.

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« Ils ont insisté des heures pour que je couche avec lui »

Le second épisode se déroule sous MDMA, alors qu’elle vit dans la communauté. « Il m’assurait que mon désir repeignait les murs, ils ont insisté pendant des heures pour que je couche avec lui, je ne voulais pas. Il m’a dit quand tu es en colère, tu as du désir et m’as mis une grosse claque », rapporte la jeune femme. Elle est violentée et violée pendant que l’ex-compagne de Correia lui tient les bras. « Et il m’a fait me regarder dans le miroir… », dénonce la partie civile.

D’une voix douce, Céline éclaire les débats sur la personnalité « très sombre » de l’accusé. Il fallait l’appeler « papa » pendant les ébats, « coucher avec lui comme thérapie », et se convaincre que l’on est « soi-même tordu, mon nom sur le groupe c’était petite pute ». Elle rapporte les discours misogynes de Correia, ou l’évocation de son meilleur souvenir, un baiser sur la bouche d’une enfant d’à peine neuf ans, trahissant ses traits pédophiles. « J’avais une tête d’enfant, on avait tous des profils enfantins à l’Athanor… »

Des conditions de vie sordides et une emprise totale

Elle décrit aussi les conditions de vie dans la petite communauté d’une dizaine de personnes : « On avait deux matelas en 140 pour six ou sept, dans une cave voûtée super humide, les draps étaient dégueulasses. » Les prises de LSD, puissant hallucinogène, étaient imposées par le gourou : « J’ai cru que j’allais finir à l’asile, c’était l’apocalypse », se remémore-t-elle.

Sur l’emprise sectaire, Correia l’aurait isolée, surveillée, empêchée de sortir insidieusement. Il fallait l’appeler maître, s’agenouiller parfois, discuter pendant des heures, « et si on avait le malheur de ne pas être d’accord, on était humiliés ». Partir ? Difficile. « Tout le monde voulait rester le préféré avec la peur de rater quelque chose d’extraordinaire quand on n’était pas là », analyse-t-elle. Sans oublier le culte de la personnalité, ce mot « amour » en arabe, dessinant un « J » comme Jorge, que les fidèles se sont tatoués. Correia est même allé jusqu’à suggérer de faire un enfant pour la communauté.

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Céline a fini par s’enfuir le jour où il l’a menacée en serrant son poing. Mais le gourou n’en démord pas : « Dire six ans après, si j’avais su je serais pas venue… Sur le moment j’avais son accord », élude-t-il, comparant le polyamour qu’il enseignait à des « travaux pratiques ». Condamné à 18 ans de réclusion par la cour criminelle de l’Hérault il y a un an, Jorge Martins Correia, 53 ans, conteste les faits et a obtenu ce second procès, affirmant n’avoir pas pu s’exprimer lors du premier. S’il avait avoué a minima des agressions sexuelles en septembre 2025, il revient désormais sur ses aveux : « Je m’excuse d’avoir parjuré, à ce moment, je suis mal conseillé et on me dit : “il faut que tu lâches du lest”, c’était une erreur de ma part », ose-t-il. Le verdict est attendu jeudi.