Il est 14 heures lorsque j'arrive à l'aérodrome de Pujaut. Le soleil de juillet tape fort, mais la chaleur n'entame ni mon excitation ni mon empressement. À l'entrée du club des Planeurs d'Avignon-Pujaut, je retrouve Audrey et son jeune neveu Enzo. Cet après-midi, c'est un baptême en planeur qui m'attend. Après avoir rempli les documents de sécurité, je fais la connaissance de Christian, mon pilote du jour. « Alors, prêt pour l'envol ? », me lance-t-il avec un sourire. « Évidemment », je m'empresse de répondre.
Le Twin Astir II et son équipement
Nous nous dirigeons vers l'appareil : un Twin Astir II blanc et orange. Christian soulève le plexiglas du cockpit et en sort un imposant sac à dos bleu marine. « Mets-le, c'est ton parachute. » Six kilos sur les épaules, rien que ça. Il m'explique rapidement son fonctionnement avant de remarquer ma grimace de stress. « C'est surtout de la théorie. En des années de vol, on ne s'en est jamais servi. » Me voilà… à moitié rassuré.
Je m'installe dans le baquet en mousse bleu marine. Devant moi, un tableau de bord digne d'un petit avion : altimètre, variomètre, vitesse sans oublier le manche et les pédales pour diriger l'appareil. Christian referme ma verrière avant de prendre place juste derrière mon siège. Cette fois, impossible de faire demi-tour.
Un décollage fulgurant
Après quelques minutes d'attente dans la chaleur étouffante du cockpit, la radio grésille. Les derniers parachutistes qui sautent à proximité des trois pistes du club de planeur touchent enfin le sol. Puis, en une fraction de seconde, le planeur est tiré vers le ciel tel un cerf-volant. L'accélération est impressionnante. En quelques secondes seulement, nous prenons près de 400 mètres d'altitude. La piste d'herbe s'éloigne à toute vitesse tandis que mon estomac, lui, semble être resté au sol.
Le décollage au sol en moins de trois secondes : c'est le principe du treuillage. Un camion relié par des câbles projette l'appareil dans les airs. À 400 mètres, le câble se décroche et le silence s'installe. Le planeur glisse alors sans moteur, porté par les seuls courants atmosphériques.
La quête des pompes thermiques
À peine largués, la fraîcheur gagne la coque de l'appareil. Rapidement, Christian se met à scruter le ciel et changer plusieurs fois de cap. Il cherche une pompe thermique, ces colonnes d'air chaud qui permettent au planeur de gagner de l'altitude et prolonger le vol. « J'en cherche une… mais aujourd'hui ce n'est pas évident », reconnaît-il en enchaînant les tours au-dessus de l'aérodrome. Les minutes passent. Malgré plusieurs tentatives, impossible de trouver un courant suffisamment puissant. « On va devoir se reposer », annonce finalement mon moniteur.
De retour sur la piste, je ne cache pas ma légère déception. « C'est le jeu du planeur, parfois ça ne veut pas pendant des heures », sourit le président du club. Heureusement, la déception sera de courte durée. À peine le temps de reprendre notre souffle que nous repartons pour un second décollage.
L'envol réussi et le pilotage
Cette fois, les ascendances sont bien présentes. Le planeur grimpe doucement dans les pompes thermiques jusqu'à près de 800 mètres d'altitude. Là-haut, ce qui me frappe le plus, ce n'est pas la vue sur le Rhône, les maisons en pierre et les reliefs du Grand Avignon. C'est le silence. Sans moteur, on se laisse simplement porter par les courants d'air. L'impression de flotter est presque irréelle.
Puis Christian me lance la phrase que j'attendais sans vraiment l'espérer : « À toi de piloter ». Je peine à cacher mon large sourire se dessiner sous mes lunettes de soleil. « Tu vois le pont là-bas ? Garde le cap. » Je pose les mains autour du manche. À première vue, cela paraît simple. En réalité, les mouvements d'air rendent l'exercice bien plus délicat. « Appuie sur la pédale de droite… Maintenant tire légèrement sur le manche… Tiens ta trajectoire. » Sous ses indications, je réussis mes premiers virages. Mes gestes sont hésitants mais le planeur répond.
Christian me propose même d'exploiter une pompe thermique pour reprendre de l'altitude. Mission ratée. Entre la chaleur sous la verrière, la concentration et les mouvements de l'appareil, je commence à sentir un léger tournis. Il reprend alors les commandes et ramène tranquillement le planeur vers la piste.
Un baptême inoubliable
Une fois au sol, Audrey me remet un diplôme de baptême. « Nos deux voyageurs du jour ont été parfaits ! », lance-t-elle en souriant. Je retire enfin mon parachute et descends du cockpit le sourire aux lèvres. En une heure, j'ai découvert que le planeur est bien plus qu'un simple vol sans moteur : c'est une manière étonnamment paisible de prendre de la hauteur… et, le temps de quelques minutes, de se glisser dans la peau d'un pilote.
Le club Les planeurs d'Avignon Pujaut propose des baptêmes à l'année. Les vols se déroulent depuis l'aérodrome de Pujaut, à quelques kilomètres d'Avignon, offrant une vue panoramique sur le Rhône et les toits de la ville. Pour les amateurs de sensations fortes ou de calme absolu, cette activité écologique séduit par son silence et sa beauté.



