La Havane, 3 août 2026. Cuba a été touchée dans la nuit par une panne de courant géante qui a plongé l'ensemble de l'île dans l'obscurité. Selon l'Union électrique nationale (UNE), la capitale, La Havane, est affectée, ainsi que les principales villes du pays : Santiago de Cuba, Camagüey, Holguín et Santa Clara.
Une panne historique qui rappelle le black-out de 2024
Cette panne est l'une des plus vastes qu'ait enregistrées le pays depuis le black-out généralisé d'octobre 2024. À l'époque, le réseau électrique national (SEN) s'était effondré, laissant les Cubains sans courant pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours pour certaines provinces. Depuis, le gouvernement a lancé des travaux de maintenance, mais les installations restent fragiles. Une partie du parc de production est hors service en raison de pannes répétitives, et le manque de carburant limite la capacité de plusieurs centrales. Les délestages quotidiens sont devenus monnaie courante, et les apagones, les coupures électriques, sont un sujet récurrent de frustration pour la population.
La cause exacte de la panne de cette nuit n'a pas encore été officiellement établie. Selon plusieurs sources convergentes, une défaillance au niveau de la centrale thermique Antonio Guiteras, située à Matanzas, serait à l'origine de la chute du réseau. Cette centrale, parmi les plus puissantes du pays, a été le théâtre de multiples incidents ces dernières années. L'UNE a confirmé qu'une perte de tension avait entraîné l'effondrement du système, sans donner plus de précisions.
Une population isolée, l'accès à l'eau perturbé
Dans les rues de La Havane, la chaleur nocturne rend l'absence de climatiseurs encore plus difficile à supporter. Les feux de circulation étant éteints, les automobilistes ont ralenti, et les intersections sont devenues des points de conflit. Les transports publics ont été suspendus. Dans les quartiers résidentiels, les habitants ont sorti bougies et lampes de poche.
L'approvisionnement en eau est également compromis. La plupart des pompes des stations de distribution fonctionnant à l'électricité, de nombreux quartiers sont privés d'eau courante. Des camions-citernes ont été envoyés dans certaines zones, mais ils ne peuvent couvrir tous les besoins. Dans les hôpitaux, des groupes électrogènes assurent la continuité des soins, mais le manque de carburant pourrait limiter leur durée de fonctionnement.
Une habitante de la capitale fait part de son inquiétude, soulignant qu'elle subit les conséquences de décennies de sous-investissement. Le gouvernement, lui, a demandé aux entreprises de libérer leurs employés et a encouragé le télétravail, une consigne difficile à appliquer en l'absence de courant.
Une économie fragilisée, une crise énergétique profonde
La panne touche près de 11 millions de personnes, soit l'ensemble de la population cubaine. Le pays, qui traverse une crise économique profonde, avec une inflation élevée et des pénuries de produits de première nécessité, voit là un nouveau coup dur. Les petites entreprises, qui dépendent de l'électricité pour produire et conserver leurs marchandises, sont particulièrement affectées. Dans le secteur alimentaire, les produits frais risquent de se perdre faute de réfrigération.
Le tourisme, vitale pour l'économie, est aussi menacé. Dans les hôtels, les groupes électrogènes fonctionnent, mais le confort des visiteurs est réduit. Certains vols ont été retardés, et les communications, souvent dépendantes du réseau électrique, ont été perturbées.
Cuba est confrontée à une crise énergétique endémique, liée à la vétusté de ses infrastructures mais aussi à des facteurs extérieurs. Le pays dépend de son allié vénézuélien pour l'approvisionnement en pétrole, dont les livraisons ont chuté ces dernières années. Par ailleurs, l'embargo économique américain entrave l'accès aux pièces détachées et aux technologies nécessaires à la modernisation du réseau.
Un rétablissement progressif promis par le gouvernement
Le gouvernement cubain a promis un rétablissement progressif de l'électricité, en donnant la priorité aux installations critiques. Le ministère de l'Énergie a assuré que tout était mis en œuvre pour rétablir le courant, sans préciser de délai.
Les autorités ont également rappelé que des équipes de réparation étaient mobilisées dans les principales centrales, mais des problèmes de logistique, notamment l'absence de pièces de rechange, pourraient retarder les travaux. Les précédentes pannes de grande ampleur avaient duré en moyenne quarante-huit heures avant le retour de l'électricité dans les grandes villes, mais certaines zones rurales avaient attendu plusieurs jours.
En attendant, les Cubains tentent de s'organiser. Des réseaux de solidarité se mettent en place pour partager l'eau et les groupes électrogènes privés. La nuit s'annonce longue dans un pays habitué à lutter contre l'ombre, mais jamais avec une telle ampleur. La panne gigantesque semble devenue le symbole d'une nation à la dérive énergétique.



