Nîmes : 21,8 % des habitants sans médecin traitant, la ville face au défi
Nîmes : 21,8 % sans médecin traitant, le défi

À Nîmes, trouver un médecin traitant en 2026 est devenu une mission quasi impossible. Selon les données de l'Assurance maladie, 21,8 % des personnes âgées de 16 ans et plus n'ont pas de médecin traitant dans la ville. Parmi elles, 2 500 souffrent d'une maladie chronique et 2 000 autres d'une affection de longue durée. Cette situation expose ces patients à des risques importants, faute de suivi médical régulier adapté à leur pathologie, ce qui impacte leur espérance de vie.

Un nombre de généralistes en chute libre

La ville de Nîmes, qui compte près de 152 000 habitants, ne disposait que de 145 médecins généralistes au 31 juillet 2026, selon les données officielles de la CPAM. Les chiffres de l'ordre des médecins du Gard sont encore plus alarmants : seulement 95 praticiens, dont 22 âgés de 67 à 80 ans, seraient en activité. En 2024, un seul nouveau médecin s'est installé dans la ville, le docteur Vandeventer. En 2025, seuls trois nouveaux généralistes ont officiellement ouvert un cabinet.

Selon la CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé), qui fédère les professionnels de santé souhaitant travailler en réseau, la ville aurait besoin d'au moins sept nouveaux généralistes supplémentaires chaque année pour espérer revenir, en 2035, au même taux de consultation qu'en 2021. Or, les départs en retraite se multiplient et la formation d'un généraliste prend quinze ans, ce qui rend la situation particulièrement critique.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une spécialité qui attire moins les étudiants

La médecine générale, reconnue comme spécialité à part entière en 2004, attire de moins en moins les étudiants en médecine. Les horaires à rallonge, la surcharge de tâches administratives et une patientèle de plus en plus exigeante figurent parmi les principaux freins. Le docteur Alexis Vandeventer, installé depuis deux ans dans le quartier Richelieu, analyse : « À ce jour, la société française paie encore le prix désastreux du numerus clausus, abandonné il y a 6 ans à peine. Alors que les départs en retraite se multiplient, et qu'il faut quinze ans pour former un généraliste, trop peu d'étudiants sortiront de l'université diplômés en médecine générale, pour quelques années encore ! »

Le jeune praticien de 32 ans, qui ne peut déjà plus prendre de nouveaux patients, souligne l'évolution des attentes : « Désormais les attentes des jeunes médecins ont évolué. La qualité de la vie personnelle figure parmi les éléments essentiels, et plus encore depuis la fin de la pandémie. Le temps où un généraliste consentait à travailler 80 heures par semaine est révolu. » Il a choisi de travailler en équipe au sein d'une maison pluriprofessionnelle de santé, une solution qu'il juge essentielle pour le bien-être des professionnels.

La téléconsultation, une solution partielle

Face à ce manque de généralistes, les pharmacies nîmoises se tournent vers la téléconsultation. Valentine Cabanel et Pierre-Nicolas Gaultier, pharmaciens à la tête de la pharmacie Talabot, ont installé un cabinet de téléconsultation il y a trois ans. « La consultation à distance ne remplacera jamais la consultation en présentiel, mais nous offrons là un véritable service à nos patients », explique Pierre-Nicolas Gaultier. Des patients parfois âgés ou non véhiculés, désespérés par le manque de médecins ou les délais d'attente.

Guillaume Pierret, pharmacien installé face aux arènes, constate cependant des dérives : surprescription d'antibiotiques, arrêts de travail non justifiés. « Cette situation me déroute. Mais face à la disparition des généralistes dans l'Écusson et à l'explosion du nombre de patients sans médecin traitant, le besoin est bien réel ! » Martine Fontaine, pharmacienne quartier des Amoureux, reste perplexe : « Avec ces machines, les consultations se font à la va-vite. Le risque de passer à côté du bon diagnostic est bien plus important qu'en présentiel. » Elle raconte le cas d'une patiente possiblement atteinte d'un zona qui a reçu une prescription de cortisone après une téléconsultation, et a dû être envoyée aux urgences.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Des alternatives pour les patients sans médecin traitant

Le docteur Vandeventer, coprésident de la CPTS, rappelle les alternatives : « Un patient recherchant une consultation chez un généraliste à Nîmes a aujourd'hui plusieurs alternatives. » En journée, il est possible d'appeler le 15, qui depuis 2023 est le numéro du SAS (service d'accès aux soins). L'interlocuteur orientera le patient vers le généraliste de garde disponible. En soirée, la maison médicale de Nîmes, à l'entrée du CHU, reçoit de 20 heures à minuit, ainsi qu'en journée et en soirée durant les week-ends.

La CPTS de Nîmes facilite également la recherche d'un médecin traitant via un formulaire en ligne pour les patients les plus fragiles : souffrant d'une affection longue durée, en situation de grande précarité ou âgés de 70 ans et plus. L'extension de ce service à l'ensemble des patients nîmois dépourvus de médecin traitant est à l'étude. Les pharmacies jouent aussi un rôle clé, comme le souligne Martine Fontaine : « En quelques coups de fil, nous avons réussi à réaffecter plusieurs patients chez nos généralistes, leur évitant une rupture dans leur suivi médical. »

La liberté d'installation en question

Interrogé sur une éventuelle restriction de la liberté d'installation des nouveaux médecins généralistes, Frédéric Jean, seul généraliste du Mas-de-Mingue et président de l'ordre des médecins du Gard, répond : « C'est non ! Peu importe aujourd'hui le quartier de Nîmes que choisirait un jeune généraliste pour s'installer, on aurait besoin de lui ! Si l'on imposait des contraintes sur cette liberté fondamentale des praticiens, ce serait le retour de bâton assuré. » Il se félicite cependant du choix des nouvelles générations de travailler en collectif, un mode d'exercice bénéfique à tous, patients comme professionnels.