L'envie de se connecter, clé de l'usage problématique d'Internet
L'envie de connexion clé de l'usage problématique d'Internet

Deux minutes sur Internet restent rarement deux minutes, mais elles peuvent très bien devenir une mauvaise humeur et trois tâches à finir le lendemain. Une étude de l'université de Duisbourg-Essen, publiée ce mercredi 29 juillet dans le journal PLOS One, précise toutefois que le problème ne tient pas seulement au nombre d'heures passées en ligne. Il commence lorsque l'usage devient difficile à contrôler et fait passer le travail, le sommeil ou les relations après la prochaine connexion.

Un suivi intensif de 900 adultes

Les chercheurs ont suivi 900 adultes allemands âgés de 18 à 65 ans, utilisateurs de jeux vidéo, de réseaux sociaux, de pornographie ou de sites d'achat. Après les avoir répartis entre usages non problématiques, à risque ou pathologiques, ils ont évalué chaque jour pendant quatorze jours leur humeur, leur stress, leur envie de se connecter, le temps consacré à l'activité et ce qu'ils avaient négligé. L'équipe a recueilli 11 139 questionnaires : de quoi comparer les impressions avec les habitudes.

L'envie avant l'humeur

Le résultat le plus net concerne la tentation de se connecter. Plus elle augmentait au cours d'une journée, plus la probabilité de pratiquer l'activité en ligne concernée progressait. Elle constituait un meilleur indicateur que le stress ou la mauvaise humeur pris isolément. "Plus que le stress ou l'humeur seuls, c'est l'envie momentanée d'aller en ligne qui détermine l'usage", explique Andreas Oelker dans un communiqué de PLOS.

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Les jours où cette envie était plus forte, les participants passaient davantage de temps en ligne, en tiraient plus de plaisir et de soulagement, mais délaissaient aussi davantage leurs autres activités. Pour les chercheurs, ce renforcement aide à comprendre comment une habitude devient automatique : après une journée difficile, le cerveau apprend que l'activité en ligne offre une satisfaction rapide. Il retient moins volontiers une réunion oubliée ou le coucher repoussé.

Le temps d'écran ne suffit pas

Les différences entre groupes naissent et suivent la même progression. Les participants classés dans la catégorie pathologique utilisaient leur activité privilégiée en moyenne 2 heures 41 les jours de connexion, contre 2 heures 9 pour le groupe à risque et 1 heure 29 pour le groupe non problématique. Ils signalent aussi une humeur plus mauvaise, davantage de stress et une négligence plus importante du reste de leur vie.

L'étude évite pourtant le procès général d'Internet. Un temps de connexion élevé ne correspond pas automatiquement à un usage pathologique. Une longue session peut rester sans conséquence ; une plus courte peut déjà perturber le travail, le sommeil, les repas, les contacts sociaux ou l’hygiène. Le critère décisif n’est donc pas seulement la durée, mais la perte de contrôle et les dommages causés par sa faute.

Reconnaître le moment du basculement

Les données dessinent néanmoins un enchaînement précis. Les jours de mauvaise humeur, la tentation, la durée d'usage et la négligence augmentaient, sans que la connexion répare véritablement cette humeur, surtout chez les participants présentant les symptômes les plus sévères. Le soulagement existe, mais devient moins satisfaisant à mesure que l'usage se dégrade. Le rendement émotionnel est moindre.

Pour Silke Müller, coauteur de l'étude, seule une petite partie des internautes développe des comportements pathologiques. Internet peut apporter plaisir et détente tant qu'il ne remplace pas systématiquement l'exercice, les sorties, les proches, ou, accessoirement, les obligations. Les chercheurs en tirent une piste précise : la prévention devrait moins se concentrer sur une interdiction abstraite des écrans que sur l'identification des moments de tentation. Repérer l'envie, comprendre ce qui la déclenche et lui opposer une autre source de plaisir ou de soulagement pourrait être plus efficace que de compter chaque minute. Le téléphone le fait déjà : reste à décider ce que l'on fait du résultat.

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