Gynécomastie : opération ou traitement hormonal, comment s’en sortir
Gynécomastie : opération ou traitement hormonal, comment s’en sortir

Sofiane, 26 ans, a subi une intervention chirurgicale il y a un mois pour traiter une gynécomastie, une augmentation anormale du volume de la glande mammaire chez l’homme. Après des années de gêne et d’évitement, il témoigne de son parcours, des causes possibles et des options thérapeutiques, avec les explications de deux spécialistes.

Un diagnostic long à établir

« Plus je grandissais, plus j’avais l’impression de ne voir que ça », confie Sofiane. Sa poitrine a commencé à se développer de manière importante à partir de ses 21 ans. Progressivement, il arrête de porter des t-shirts serrés, se rendre à la piscine devient difficilement supportable, et prendre des photos à la plage avec des amis, impossible. « J’avais du mal à me mettre torse nu », se confie-t-il.

Il y a deux ans, sentant une boule douloureuse dans sa poitrine, l’étudiant infirmier redoute un cancer du sein et consulte sa médecin généraliste. Après une échographie mammaire et testiculaire et un bilan hormonal, le verdict tombe : Sofiane n’a pas de cancer mais une gynécomastie. Cette condition est fréquente chez les adolescents et les hommes âgés de plus de 50 ans.

Un déséquilibre hormonal en cause

La gynécomastie est généralement liée à un déséquilibre entre les hormones sexuelles. « Elle peut être due à une hypersécrétion d’estradiol, une hormone féminine, ou à un manque de testostérone », souligne Jacques Young, professeur d’endocrinologie à l’hôpital Bicêtre et à l’Université Paris Saclay.

« La baisse de la testostérone, appelée hypogonadisme, peut être liée à une anomalie testiculaire », explique le professeur. Une palpation et une échographie permettent de rechercher une éventuelle tumeur. « Certaines, majoritairement bénignes, sécrètent de l’estradiol. D’autres, cancéreuses, de l’HCG, l’hormone de la grossesse. »

Des maladies génétiques ou chromosomiques peuvent également être en cause, comme « le syndrome de Klinefelter, caractérisé par une diminution de la taille des testicules et associé à une infertilité masculine », poursuit l’endocrinologue. Des médicaments, notamment ceux utilisés contre le cancer de la prostate ou l’hypertension, peuvent aussi provoquer une gynécomastie.

« Chez certains hommes qui pratiquent du bodybuilding, la prise de testostérone peut conduire à une gynécomastie », ajoute le docteur Frédéric Picard, chirurgien plasticien. Mais dans de nombreux cas, après avoir fait tous les examens, aucun facteur déclencheur n’est identifié. On parle alors de gynécomastie idiopathique.

Pas lié au surpoids

Plusieurs amis de Sofiane étaient, eux, persuadés qu’il s’agissait avant tout d’une question de surpoids. « Certains me disaient qu’il suffisait que je fasse du sport pour que cela disparaisse, mais je voyais bien que ma poitrine augmentait sans que je prenne du poids. » Parmi les patients du chirurgien Frédéric Picard, beaucoup ont multiplié les pompes pour retrouver leur torse plat. « La phrase qui revient le plus, c’est : “Même quand je suis maigre, j’ai toujours de la poitrine.” »

Un volume mammaire important peut effectivement s’expliquer par un surpoids ou une obésité. Mais on parle alors d’adipomastie. « Si la gynécomastie se caractérise par une hypertrophie de la glande mammaire, dans l’adipomastie, il y a seulement un excès de tissu graisseux au niveau de la poitrine », distingue le professeur Young. Une mammographie permet de différencier les deux. La distinction est nécessaire car l’adipomastie n’est pas prise en charge par l’Assurance maladie, et une opération visant à retirer la graisse n’aura qu’un effet temporaire.

Opération ou traitement hormonal

Lorsque la cause est identifiée, elle est traitée en priorité. « En cas d’hypogonadisme, on va prescrire une supplémentation en testostérone, poursuit l’endocrinologue. Lorsque la cause n’est pas connue, un dérivé de la testostérone en gel, la dihydrotestostérone, peut aider même si son efficacité n’a pas été scientifiquement prouvée. »

L’opération est parfois envisagée. L’intervention – sous anesthésie générale – consiste à retirer l’excès de glande mammaire, généralement par une incision au bord inférieur de l’aréole. « La plupart des questions portent sur la cicatrice, mais elle dépend beaucoup de l’ampleur de la gynécomastie », estime le chirurgien Frédéric Picard. Dans les cas les plus prononcés, la gynécomastie a détendu la peau et agrandi les aréoles. « Il faut alors retirer la glande, la graisse, un peu de peau et rétrécir les aréoles, liste le chirurgien. Dans ce cas, la cicatrice peut faire jusqu’à 12 centimètres de longueur mais on essaie de l’éviter au maximum. »

Sofiane s’est fait opérer il y a à peine un mois. Une gaine compressante l’empêche pour l’instant de profiter du résultat, mais il a déjà « l’impression d’avoir retrouvé [s]on torse d’avant ».