Amnésie traumatique : des victimes d'un curé prédateur brisent le silence
Victimes d'un curé prédateur sortent de l'amnésie traumatique

Des dizaines de victimes présumées d'un curé qui a sévi pendant cinq décennies dans l'Ouest de la France ont brisé le silence, sortant d'une amnésie traumatique qui a duré des années. Le prêtre, aujourd'hui âgé de 84 ans, est accusé d'agressions sexuelles sur des enfants et des adolescents entre les années 1960 et 2010, dans plusieurs paroisses du Maine-et-Loire et de la Loire-Atlantique.

Un mécanisme de défense psychique

Selon les psychologues interrogés, l'amnésie traumatique est un mécanisme de défense qui permet à l'esprit de refouler des souvenirs insupportables. « Le cerveau protège la personne en effaçant ou en rendant inaccessibles les souvenirs les plus douloureux », explique le Dr. Marie Dupont, psychiatre spécialiste des traumatismes. Ce n'est que récemment, grâce à des thérapies adaptées et à la libération de la parole autour des abus sexuels dans l'Église, que ces victimes ont pu se souvenir et témoigner.

Un dossier qui s'étend sur plusieurs décennies

Le parquet d'Angers a ouvert une enquête préliminaire en 2023 après le signalement de plusieurs victimes. À ce jour, 23 personnes ont déposé plainte, mais les enquêteurs estiment que le nombre réel de victimes pourrait être bien plus élevé. « Certaines victimes ont mis plus de 40 ans avant de pouvoir parler », confie Me. Jean-Pierre Lefèvre, avocat de plusieurs plaignants. « Elles ont vécu dans un silence douloureux, rongées par la honte et la culpabilité. »

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Un signalement tardif mais crucial

L'affaire a éclaté après qu'une première victime, aujourd'hui âgée de 52 ans, a porté plainte en 2022. « Je me suis souvenue brutalement des faits lors d'une séance de thérapie », témoigne-t-elle sous couvert d'anonymat. « C'était comme si un barrage avait cédé. » Son témoignage a encouragé d'autres victimes à faire de même, déclenchant une onde de choc dans la région.

L'Église face à ses responsabilités

L'évêché d'Angers a indiqué avoir été informé des accusations et a promis de coopérer avec la justice. « Nous prenons ces témoignages avec la plus grande gravité », a déclaré un porte-parole. Cependant, des associations de victimes dénoncent le silence de l'institution pendant des décennies. « L'Église savait ou aurait dû savoir », affirme François Devaux, président de l'association La Parole Libérée. « C'est un système de protection des agresseurs qui a prévalu. »

Un combat pour la reconnaissance

Pour les victimes, le chemin est encore long. Beaucoup souffrent de troubles post-traumatiques, d'anxiété et de dépression. « Le simple fait de parler a été libérateur, mais il faut maintenant que la justice reconnaisse notre souffrance », confie l'une d'elles. L'enquête se poursuit, et la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (CIASE) suit le dossier de près.

Des chiffres qui donnent le vertige

Selon les données de la CIASE, environ 330 000 personnes ont été victimes d'abus sexuels par des membres du clergé en France depuis 1950. Dans cette affaire, le nombre de victimes présumées pourrait atteindre plusieurs dizaines, voire une centaine, selon les enquêteurs. « Nous ne sommes qu'au début de ce travail de mémoire », prévient Me. Lefèvre.

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