Aveyron : le Week-end Adrénaline, soft power pour attirer les médecins
Aveyron : le WAA, soft power pour attirer les médecins

Près de 200 internes en médecine venus de toute la France ont participé à la 9e édition du Week-end Adrénaline Aveyron (WAA), organisée les 19 et 20 septembre dans le Sud-Aveyron. Cette opération, lancée en 2017 par le Département, vise à faire découvrir les paysages, créer des liens et donner envie de s'installer dans le territoire. Neuf ans après son lancement, cette stratégie d'attractivité revendique des résultats concrets, dans un contexte de tensions persistantes sur l'accès aux soins.

Un week-end découverte pour séduire les futurs praticiens

Un canoë sur le Tarn, une escapade au cœur des grands espaces, des rencontres avec des médecins du territoire… En Aveyron, la séduction des futurs praticiens passe aussi par le cadre de vie. Chaque année, le WAA invite des internes en médecine, de jeunes médecins et des étudiants en odontologie à découvrir le département autrement. Une opération qui dépasse largement le simple week-end de loisirs.

« On ne peut s'installer sur un territoire que si on l'a découvert pendant sa formation », résume Chrystel Teyssèdre, chargée de l'attractivité médicale du Département. Pour elle, l'idée est simple : permettre aux futurs praticiens de se projeter dans une vie professionnelle et personnelle en Aveyron, avant même qu'ils aient à choisir leur lieu d'exercice.

De la découverte à l'installation : un parcours progressif

Créé en 2017, le WAA constitue la première étape d'une stratégie qui entend transformer une découverte en projet professionnel durable. Car derrière les activités de pleine nature, l'enjeu est bien de convaincre. « C'est le début de cet entonnoir de conversion », explique Chrystel Teyssèdre. Le parcours espéré est progressif : découvrir le département, y effectuer un stage, revenir pour un remplacement, puis s'y installer.

Et les résultats sont « très encourageants ». Selon le Département, 60 % des internes interrogés ayant effectué un stage en Aveyron déclarent avoir choisi cette destination après avoir participé au WAA. Lors de la dernière édition, un participant sur deux se disait même prêt à venir effectuer un stage dans le département, rapporte Chrystel Teyssèdre.

Le « soft power à l'aveyronnaise » plutôt qu'un chèque

Pour attirer, l'Aveyron a fait un choix fort en misant sur une approche qui privilégie les relations humaines plutôt que les seules incitations financières. Du « soft power à l'aveyronnaise » plutôt qu'un chèque. « À l'écoute des attentes des internes, il m'a semblé que ce n'était pas d'argent dont ils avaient besoin, mais de s'enraciner, de créer du lien », explique la responsable.

Cet accompagnement se poursuit donc bien au-delà du week-end. Accueil des internes à chaque semestre, activités sportives et culturelles, formations, aide au logement et mise en relation avec les professionnels : le Département se pose en facilitateur d'intégration. Des rencontres avec les hôpitaux, les communautés professionnelles territoriales de santé et les médecins libéraux permettent aussi d'identifier des possibilités de remplacement ou d'installation.

Des résultats chiffrés après neuf ans de dispositif

La stratégie s'appuie également sur le développement des terrains de stage, passés de 11 en 2006 à 70 en 2026. Selon les chiffres communiqués par le Département, l'Aveyron a ainsi enregistré 195 installations de médecins généralistes depuis 2013 et compte 65 projets d'installation identifiés. Le Département indique par ailleurs conserver 20 % des internes, contre une moyenne de 2 % dans les départements ruraux.

Un résultat que Chrystel Teyssèdre relie à un accompagnement qui se poursuit de la découverte du territoire jusqu'au projet d'installation. Le dispositif représente néanmoins un investissement humain important. « C'est un gros investissement en temps humain », reconnaît-elle, précisant qu'il mobilise à lui seul l'équivalent temps plein et demi pour un budget annuel inférieur à 200 000 euros, selon la responsable. « Pour le prix d'un rond-point, on fait des années et des années de politique d'attractivité médicale », valide l'intéressée.

Une manière de défendre un modèle qui privilégie l'accompagnement et les relations humaines aux aides financières directes à l'installation. « Pour attirer les médecins de demain, il faut d'abord leur donner envie de vivre ici. »