Mulhouse : les détails glaçants de la séquestration d'un enfant dans une camionnette
Le procureur de la République de Mulhouse, Nicolas Heitz, a apporté mercredi des éléments nouveaux et particulièrement accablants sur les conditions de vie d'un jeune garçon maintenu enfermé dans un véhicule en Alsace. Cette affaire, qualifiée de « très très longue histoire » par le magistrat, révèle un calvaire prolongé et des négligences multiples.
Une découverte macabre à Hagenbach
Les gendarmes ont découvert l'enfant le 6 avril 2026 à Hagenbach, une commune du Haut-Rhin située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Mulhouse. Alertés par une habitante ayant entendu des « bruits d'enfant » provenant d'une camionnette garée dans une cour, ils ont trouvé le garçon « pâle et manifestement dénutri », « couché en position fœtale, nu, recouvert d'une couverture sur un monticule de déchets et à proximité d'excréments ». L'enfant a depuis été hospitalisé à Mulhouse.
Le récit poignant de l'enfant et les aveux du père
Lors de ses auditions par des enquêtrices spécialisées, le garçon a décrit son enfer. Issu d'une famille recomposée, il a évoqué des relations exécrables avec sa belle-mère, qu'il qualifiait de « sa pire ennemie et de méchante ». Selon ses déclarations, son père l'aurait placé dans la camionnette en septembre 2024, car il « n'avait pas le choix », le garçon refusant de vivre avec sa mère, souffrant de problèmes psychologiques.
Le père, âgé de 43 ans et mis en détention provisoire, a reconnu les faits. Il encoure 30 ans de réclusion criminelle pour séquestration et privation de soins et d'aliments. Il apportait à son fils de l'eau et de la nourriture, généralement froide, deux fois par jour. L'enfant devait uriner dans des bouteilles vides et son père vidait régulièrement les déchets.
Des conditions de vie dégradantes et un entourage passif
Le garçon a précisé que son père ne lui lavait plus les vêtements, qu'il n'avait plus de pyjama, dormait sur un matelas et était privé de brosse à dents. Ses jouets étaient rangés dans un carton dans sa « chambre » mobile. Les grands-parents paternels ont décrit l'enfant comme « dur », faisant des crises, probablement affecté par la séparation de ses parents et l'hospitalisation de sa mère.
La sœur du garçon, âgée de 12 ans, a indiqué que son frère avait changé de comportement après l'installation de la nouvelle compagne du père, devenant violent et insultant. Elle croyait qu'il avait été interné à l'automne 2024, sans savoir où. Une ancienne voisine a également entendu la belle-mère menacer de faire placer l'enfant, le qualifiant d'« intenable ».
Les poursuites judiciaires et les responsabilités en question
La belle-mère, âgée de 37 ans, encourt sept ans de réclusion pour non-assistance à mineur de 15 ans en danger et non-dénonciation de mauvais traitements. Elle nie les faits. La mère de l'enfant, hospitalisée en psychiatrie entre mai 2022 et janvier 2024, a saisi la justice en octobre 2024 pour l'exercice de l'autorité parentale. Un droit de visite en présence de tiers professionnels lui a été accordé en mai 2025, mais elle affirme ne pas avoir pu l'exercer.
Les investigations en cours visent à déterminer le niveau de responsabilité de chacun et à identifier d'éventuelles autres personnes ayant eu connaissance de cette situation sans intervenir. Cette affaire met en lumière des défaillances familiales et sociales dramatiques.



