Depuis lundi, la Cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône examine les assassinats de Réda Khaldi, Brahim Chabane – demi-frère d’Amine Kessaci, militant contre le narcotrafic – et Nassim Loubani. Les corps, dont un était démembré, ont été retrouvés carbonisés en deux temps, fin 2020 et début 2021. Le procès, placé sous haute protection, se déroule dans une atmosphère particulièrement tendue.
Des images insoutenables diffusées à l'audience
« Nous allons diffuser des images insoutenables », prévenait dès le premier jour d’audience le président de la cour, s’adressant particulièrement aux parties civiles. Deux jours plus tard, des clichés brutaux défilaient sur les écrans de la salle de la cour d’assises. Des corps calcinés, abandonnés dans les ossatures de voitures incendiées, témoignent de la violence du triple narchomicide examiné depuis lundi par les magistrats. Atmosphère d’autant plus étouffante lorsqu’une troisième dépouille, démembrée avant d’être brûlée, s’affiche dans la salle : la violence du narcobanditisme vient d’être décrite en images.
Pour rappel, fin décembre 2020, deux corps sont retrouvés dans une voiture fumante aux abords de la commune des Pennes-Mirabeau. Une première dépouille est retrouvée dans le coffre. Une seconde se trouve sur le siège passager, et une troisième victime est retrouvée six jours plus tard, calcinée, en plus d’être démembrée. L’une d’elles est Brahim Chabane, demi-frère d’Amine Kessaci. Lequel deviendra, à la suite du drame, une figure marseillaise de la lutte contre le narcotrafic. L’assassinat brutal en novembre 2025 de son autre frère, pourtant étranger au trafic de drogue, avait suscité un émoi national. Aujourd’hui adjoint au maire de Marseille, les positions d’Amine Kessaci lui valent de vivre sous haute protection policière.
Les accusés et le contexte du narcobanditisme
Face au militant, droit, cinq accusés se tiennent dans le box, encerclés d’une dizaine d’hommes encagoulés. En tête d’affiche, Amine Oualane (en état d’évasion au moment des faits), présenté comme cadre présumé de la DZ Mafia et, dans ce dossier, supposé relais d’un crime commandité par Karim Harrat, lui aussi sur le banc des accusés. Les enquêtes de personnalité et profils psychologiques, voire psychiatriques des accusés ont permis de lever le voile sur des enfances souvent vécues dans la précarité, la misère, des décrochages scolaires précoces… « À 13 ans, je faisais des braquages, déroulait notamment Amine Oualane. Chez moi, c’était la misère totale, on n’avait rien à manger ».
Pour comprendre le climat dans lequel s’est déroulée cette barbarie sur fond de règlement de compte, rembobinons. En 2020, ce sont 67 morts liés au narcotrafic qui sont recensées dans les Bouches-du-Rhône par les enquêteurs. 500 tentatives et homicides ont été décomptés depuis. Un contexte longuement détaillé par l’ancien responsable de la division criminelle de répression du banditisme (BRB). Cette « nouvelle forme de criminalité », selon ses mots, se dessine dans un paysage où « les alliés d’aujourd’hui peuvent devenir les concurrents de demain et ceux qu’on a installés peuvent être éliminés ».
Technique du « barbecue » et profils des accusés
Sur cette année déterminante, les velléités de reprises de points de stups se multiplient. Les trois victimes étaient d’ailleurs connues défavorablement de la justice. En mai 2020, le détenteur du point de deal de la Cayolle est assassiné. L’enquête « s’était orientée » vers les trois victimes, qui avaient repris ce point de deal, précise l’enquêteur. Interrogé par l’avocate générale sur la technique dite du « barbecue », ce dernier racontera que la technique a été démocratisée dans les années 2000 par Farid Berrahma, un « symbole de terreur ». Le démembrement ? Un seul dossier similaire à sa connaissance. Alors qu’il rappelait les faits quelques jours plus tôt, le président présentait des cibles qui « perturbaient les forces en présence ».
Si chacun des accusés nie en bloc quelconque rôle qui leur est attribué par les enquêteurs, longuement entendus ces deux derniers jours, tous sont déjà incarcérés pour d’autres faits ou portent plusieurs mentions à leurs casiers judiciaires. Les profils sont en tout cas considérés assez inquiétants pour que véhicules blindés, gyrophares et forces de l’ordre déployées en masse et rondes d’hélicos ne viennent perturber quotidiennement un centre-ville d’ordinaire tranquille. Le procès se poursuit, et l’audience doit encore entendre les témoins et les experts avant le délibéré de la cour.