Vingt-deux personnes, interpellées samedi 17 octobre à Nice en marge d'une manifestation, ont été présentées lundi 19 octobre au tribunal correctionnel de Nice selon la procédure de comparution immédiate. Les audiences se sont poursuivies jusqu'à tard dans la soirée. Les prévenus, principalement des jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans, présentent des profils contrastés : certains sont sans diplôme et recherchent un emploi, d'autres enchaînent des missions d'intérim, d'autres encore poursuivent des études supérieures. Les antécédents judiciaires sont rares, les primo-délinquants nombreux.
Une audience « très hétéroclite » selon le procureur
Les faits reprochés aux prévenus sont la participation à un groupement en vue de la commission de violences ou dégradations, la participation à un attroupement après sommation, la dissimulation volontaire du visage, le vol aggravé et le recel de vol aggravé. « Ce ne sont pas les profils que nous rencontrons habituellement dans cette salle d'audience », concède le procureur de la République, qui résume : « C'est une audience très hétéroclite ».
Les avocats dénoncent ou regrettent les orientations de la politique pénale retenue par le parquet de Nice pour ces audiences exceptionnelles, marquées par le nombre conséquent de dossiers et un contexte de fortes tensions. Des termes comme « chaos », « apocalypse » ou « traumatisme » sont souvent revenus dans les débats, tout comme celui de « sauvagerie » dans la salle des pas perdus.
Des jeunes happés par « l'excitation » ou « le mouvement de foule »
La plupart des prévenus reconnaissent les faits et fondent en larmes après avoir passé 48 heures en garde à vue. Ils invoquent presque tous l'absence d'intention de nuire, tout en admettant qu'ils n'avaient rien à faire là. La majorité des interpellations sont intervenues plusieurs heures après l'ordre de dispersion donné par la police à partir de 15 heures et l'arrivée de renforts une trentaine de minutes plus tard. Happés, disent-ils, « par l'excitation » ou « le mouvement de foule », ils n'ont pour la plupart aucune revendication à faire valoir.
L'un des mis en cause, un étudiant, a justifié sa participation à la manifestation par le prix de l'essence, que son père lui paie, tout comme la voiture et le loyer. Il a été retrouvé vers 20 heures avec un masque chirurgical et deux téléphones neufs sous blisters qu'il savait volés. « Étudiant sans histoire sponsorisé par papa et maman », résume le président Alexandre Julien. Le procureur Hervé Leroy a répliqué : « L'essence est chère, c'est objectif. Mais ce n'est pas le vendeur de téléphones qui en est responsable ».
Individualiser les peines sans oublier les victimes
Le débat porte aussi sur le sens de la sanction. Dans les deux salles, les réquisitions en faveur de mandats de dépôt se multiplient et les peines de prison ferme s'enchaînent, que ce soit par le tribunal présidé par Isabelle Demarbaix-Joando ou par Alexandre Julien. Me Corentin Delobel dénonce le risque de faire de ces prévenus des exemples destinés à ceux qui n'ont pas encore été interpellés. Pour Me Hervé Husson, « il ne peut pas y avoir de réponse pénale collective ». Me Hind Maghnaoui plaide : « La justice doit apprécier la situation et la personnalité de chacun ».
Bon nombre de ces jeunes, ayant demandé un délai pour préparer leur défense, sont partis en détention provisoire dans l'attente de leur procès, qui n'aura pas lieu avant fin décembre.
Des vols d'opportunité chez les mineurs
Le gérant d'une boutique de baskets sur l'avenue Jean-Médecin témoigne au lendemain des pillages : « On n'a pas affaire à des grands voyous ou à des grands bandits, mais à des petits jeunes, des gamins de 13 ou 14 ans ». Selon lui, certains étaient même des clients habituels. Me Benjamin Taieb, de permanence pour les mineurs ce week-end, a assisté trois mineurs de 15 à 17 ans et demi. Il assure que « tous ont volé par opportunisme » et qu'« ils ne se connaissent pas les uns, les autres. Et surtout il n'y a pas d'acte préparatoire ». Il reconnaît néanmoins qu'« ils ne sont pas irréprochables ».