Pour les exilés russes installés à Paris, devenir client d'une banque française relève de l'exploit. Entre refus systématiques, demandes de documents impossibles à fournir et suspicion généralisée, le parcours est semé d'embûches. Témoignage d'Anna, 34 ans, arrivée en France il y a un an.
Un refus poli mais ferme
Anna, ancienne journaliste à Moscou, a fui la Russie après le début de la guerre en Ukraine. Elle raconte : « La première banque que j'ai contactée m'a répondu que je ne pouvais pas ouvrir de compte sans justificatif de domicile français. Or, pour louer un appartement, il faut un compte bancaire. C'est un cercle vicieux. » Elle a essuyé six refus en trois mois.
Des exigences disproportionnées
Les banques réclament souvent des documents que les exilés ne peuvent pas fournir : attestation d'emploi, fiches de paie françaises, ou encore un dépôt initial élevé. Selon une étude de l'association Russes Libres, 78 % des exilés russes en France rencontrent des difficultés majeures pour ouvrir un compte bancaire. « Ils nous traitent comme des suspects potentiels », déplore Dimitri, 42 ans, ingénieur informatique.
Le droit au compte, une procédure lourde
Pourtant, la loi française garantit le droit au compte. En cas de refus, la Banque de France peut désigner d'office un établissement. Mais la procédure est longue : jusqu'à trois mois. « J'ai dû envoyer des courriers recommandés, fournir des justificatifs en russe traduits, et attendre », raconte Elena, 29 ans, étudiante. Au total, elle a mis six mois à obtenir un compte.
Une méfiance accrue depuis la guerre
Depuis l'invasion de l'Ukraine, les banques françaises sont plus vigilantes. Les ressortissants russes sont soumis à des contrôles renforcés en raison des sanctions européennes. « On nous demande d'où vient notre argent, si nous avons des liens avec le Kremlin », explique Anna. Certains exilés contournent l'obstacle en utilisant des banques en ligne, mais celles-ci exigent aussi un justificatif de domicile.
Des solutions existent
Des associations comme Solidarité Russie aident les exilés à constituer des dossiers. « Nous avons négocié avec certaines banques pour qu'elles acceptent des documents alternatifs », indique sa présidente, Irina Volkov. Malgré tout, le chemin reste semé d'embûches. « Ouvrir un compte, c'est la première étape pour reconstruire sa vie. Mais en France, c'est un parcours du combattant », conclut Anna.



